//Enseignement supérieur au Burkina Faso : Les universités privées en quête d’un label de qualité6 min de lecture

Enseignement supérieur au Burkina Faso : Les universités privées en quête d’un label de qualité6 min de lecture

L’enseignement supérieur au Burkina Faso se veut être de qualité pour mieux booster le développement du pays. Depuis les années 1990, on assiste à une montée fulgurante des universités privées. Du Brevet de Technicien Superieur (BTS), Diplôme Universitaire de Technologie (DUT), Diplôme de Technicien Supérieur (DTS) à la Licence Professionnelle, au Master et aux diplômes BBA et MBA, ces universités offrent toute une gamme de diplômes professionnelles. Ces institutions privées apportent un plus à l’enseignement supérieur en terme de programmes professionnalisant. Elles démontrent aussi d’une capacité d’innovation dans les filières quand on sait que pour certaines filières, il fallait aller à l’étranger.

Cependant une des préoccupations majeures est la reconnaissance par le CAMES des diplômes délivrés. Il est vrai qu’il y a des offres d’emplois internationaux, mais il n’y a rien de tel que de pouvoir aussi déposer sa candidature dans son pays d’origine. Mais pour l’heure, la plupart de ces diplômes ne sont pas reconnus par le CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur). Créé depuis le 22 janvier 1968 à Niamey au Niger, il compte 19 pays membres francophones. Cinq missions sous-tendent ce conseil dont particulièrement la promotion de la concertation en vue de coordonner les systèmes d’enseignement supérieur et de la recherche afin d’harmoniser les programmes et les niveaux de recrutement dans les différents établissements d’enseignement supérieur et favoriser la coopération entre les différents institutions ainsi que des échanges d’information. Le premier programme du CAMES qui est la reconnaissance, l’équivalence des diplômes et la gestion de l’assurance qualité et des accréditations montre bien que depuis 1972, 847 diplômes ont été accrédités. Pour le CAMES, les grandes écoles sont une nécessité du fait de la trop forte demande que les universités publiques ne peuvent satisfaire. Mais plusieurs conditions doivent être réunies afin que ces universités puissent exister. Au nombre de ces exigences, on peut citer la reconnaissance par l’Etat, l’habilité des programmes pour le pays, l’existence du diplôme à travers notamment une promotion de sortie, l’existence des infrastructures pédagogiques, scientifiques et académiques. De plus des experts sont envoyés pour constater s’il y a un minimum de garantie par rapport à la pérennité de l’université. Notons que la reconnaissance n’est valable que pour cinq ans renouvelables. Nonobstant cela, la réputation des universités privées au Burkina Faso s’intensifie du fait de la quiétude scolaire mais aussi de la courte formation qu’elles offrent.

A la recherche des enseignants de qualité

La procédure de recrutement des enseignants reste la même pour toutes les grandes écoles. La plupart recrute des vacataires ou font des annonces. Selon Faustin Gnoumou, Directeur des études à l’ISIG (Institut Supérieure de l’Informatique et de Gestion) : « Il s’agit d’une manifestation d’intérêt sur la base de laquelle les professeurs envoient leurs CV ». Mais cette procédure a été appliquée juste l’année dernière. En ce qui concerne les autres années, ils recevaient des candidatures même sans avis de recrutement. Ensuite ils les étudiaient selon leurs besoins. De même à l’IAM Ouaga (Institut Africain de Management) la Directrice Tamboura Aïcha nous affirme que ses services reçoivent les candidatures et une première commission est mise en place pour faire le tri. Ensuite, ces dossiers sont envoyés au conseil scientifique qui se prononce sur leur validité et après ils essaient d’avoir un petit entretien avant la signature du contrat.

Tamboura Aicha, Directrice de l'IAM
Tamboura Aicha, Directrice de l’IAM
En tant qu’entreprises privées, elles contribuent pour beaucoup à l’économie du pays du fait des masses salariales qui selon Mme Tamboura « représentent 75%, ce qui excèdent les recettes de l’institut. Il y a aussi la consommation des biens et services ainsi que les taxes et impôts ». Pour elle, les grandes écoles occupent une place importante dans l’économie du pays. Sur le plan humain, la formation des cadres représente des ressources humaines non négligeables. En termes d’apport à l’enseignement il s’agit pour BAzie Hyacinthe, responsable de l’Université Internationale HEC (Hautes Etudes Commerciales) du centre Ouaga, du désengagement de l’Université publique à travers son effectif déjà pléthorique. De plus l’enseignement privé comble un vide en termes de programmes professionnalisant du fait que l’enseignement public est beaucoup plus généraliste, plus théorique. Pour lui, le privé intègre plus des cadres professionnels. Nous pouvons donc dire sans crainte que c’est un avantage pour l’Etat.

Ce qui est primordial dans toute université quelle soit publique ou privée, c’est la formation des étudiants. Les grandes universités fonctionnant comme des entreprises privées, la tentation du business n’est pas écartée. Et pour cela, Biaka Freedom, Responsable Administratif de l’IIM Ouaga (Institut International de Management) exhorte les Grandes Ecoles à prôner plus de sérieux c’est-à-dire à ne pas exister de nom et vraiment faire la formation. Elles doivent s’investir prioritairement dans la formation. C’est sans doute ce souci, qui conduit le CAMES à s’assurer de la pérennité de certaines universités.

Le grand mouvement vers le privé malgré la cherté

Directeur des études de l'ISIG Faustin GNOUMOU
Directeur des études de l’ISIG Faustin GNOUMOU

La crise universitaire ayant chamboulé l’année académique à l’Université de Ouagadougou a favorisé ce penchant pour les universités privées. Il y a aussi le fait que les programmes sont plus professionnalisant dans le publique que dans le privé. Mais ces universités sont un luxe pour certains étudiants. Ce qui démontre bien de la nécessité d’un système de bourse instauré dans presque toutes les grandes écoles. Des concours sont donc organisés chaque année, pour l’octroi des bourses qui permettrait de supporter les frais de scolarité. Mais selon le Directeur des études de l’ISIG concernant la cherté de ces écoles « si on voulait faire payer les formations à leur juste prix, ce ne serait pas ce coût. Nous dépensons 100 millions de FCFA par an pour faire venir les missionnaires. Et par an, il y a au moins une vingtaine. Pour les vacations des hauts cadres, cela varie entre 15.000 et 30.000 FCFA l’heure ». Pour lui, l’excellence a un prix.

De ces entretiens, il est ressorti que les universités privées occupent une place de choix dans l’enseignement du Burkina Faso. Néanmoins Biaka Freedom reconnait que sans université publique y a pas de chercheurs du fait qu’il ya plus de recherche dans le public que dans le privé. Bientôt c’est la rentrée et les nouveaux bacheliers et étudiants sont à l’assaut des universités qu’ils jugent meilleures. Le diplôme ne valant que par l’individu qui le détient, espérons que pour tous, la réussite sera au bout du bon parcours, qu’importe que l’on soit dans une université publique ou privée.

Bicaba Pascaline | Burkinapmepmi.com,

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