//Les banques islamiques à la conquête de l’Ouest3 min de lecture

Les banques islamiques à la conquête de l’Ouest3 min de lecture

Les actifs des banques islamiques, qui respectent les principes de la charia, devraient quasiment doubler au cours des cinq prochaines années, à 1.800 milliards de dollars, selon Deutsche Bank.

Alors que les banques européennes tirent la langue, plombées par la crise de la dette dans la zone euro et le durcissement de leur réglementation, le secteur bancaire islamique semble promis à des lendemains radieux. Le montant des actifs des banques islamiques, dont le fonctionnement respecte les principes de la charia, devrait quasiment doubler, au cours des cinq prochaines années, à 1.800 milliards de dollars fin 2016, selon les analystes de Deutsche Bank. Certes, les banques islamiques, qui bannissent les notions d’intérêt et de spéculation, partent de loin, avec des actifs de l’ordre du trillion (mille milliards) de dollars à la fin 2011, quand ceux de l’industrie bancaire traditionnelle mondiale se chiffrent en dizaines de trillions. Mais le potentiel de progression de la finance islamique ne résulte pas seulement de cet effet de base favorable. Il provient également de tendances de fond.

De nouveaux territoires à explorer

A commencer par les déboires des banques européennes. La crise de la dette a incité en octobre l’Autorité bancaire européenne à réclamer une accélération de la mise en œuvre de Bâle III, la réglementation relative au renforcement des fonds propres des banques. Les établissements européens sont donc contraints de céder des actifs et, partant, de se désengager de certains métiers, comme le financement de grands projets d’infrastructures. Une brèche dans laquelle les banques islamiques pourraient s’engouffrer.

Le marché des “sukuk” pèse 50 milliards de dollars

De fait, les banques européennes se retirant du financement d’avions, la compagnie aérienne Emirates a récemment indiqué qu’elle pourrait recourir à des banques islamiques pour financer l’acquisition de ses appareils. « La demande des entreprises pour des financements conformes à la charia est plus forte que jamais », observe Deutsche Bank. Les banques occidentales elles-mêmes, devenues plus réticentes à se prêter les unes aux autres en raison de la crise des dettes souveraines, se tournent vers le marché des « sukuk » – ces obligations islamiques qui ne portent pas d’intérêt – pour se financer. C’est le cas de la sino-britannique HSBC, qui avait émis pour 500 millions de dollars de sukuk, en mai. C’est dire si le marché des « sukuk », qui s’élève à 50 milliards de dollars, soit 1% du marché mondial des émissions de dette, ne devrait pas en rester là.

Une finance plus équitable

Outre les entreprises, un nombre croissant de particuliers pourraient succomber aux charmes de la finance islamique, dans le contexte actuel de défiance à l’égard des grandes banques traditionnelles. Ashar Nazim, responsable du département services financiers islamiques au sein du cabinet de conseil Ernst & Young, n’exclut pas une augmentation des parts de marché des banques islamiques, dans le sillage du mouvement « Occupy Wall Street », dont les militants prônent une distribution équitable de la richesse et fustigent le recours excessif à l’effet de levier de la dette.

Une consolidation nécessaire

Mais, pour que les banques islamiques deviennent une véritable alternative aux banques occidentales, elles doivent se regrouper, estime Deutsche Bank. Car les actifs d’une banque islamique n’excèdent pas 13 milliards de dollars, en moyenne, un montant trois fois inférieur à ceux d’une banque traditionnelle, selon Ernst & Young. Une taille qui ne leur permet pas d’être suffisamment compétitives, en matière de prix. Le marché des banques islamiques est en effet éclaté, avec une centaine de banques présentes au sein du Conseil de coopération du Golfe, lequel regroupe l’Arabie Saoudite, Bahreïn, Oman, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le Koweït. Parmi les banques islamiques les plus puissantes figurent la numéro un Al Rajhi Bank et Alinma Bank, toutes deux basées en Arabie Saoudite, ainsi que AMMB Holdings, en Malaisie, et Bank Mandiri, en Indonésie. A elles de jouer les consolidateurs du marché.

Christine Lejoux | latribune.fr