//ROTANG Burkina, la petite entreprise qui brasse du rotin4 min de lecture

ROTANG Burkina, la petite entreprise qui brasse du rotin4 min de lecture

Au Burkina Faso, le travail manuel occupe une place très importante dans le monde professionnel en perpétuel évolution. Parmi ces travaux manuels, on peut citer entre autres, la menuiserie, la soudure, la mécanique etc. Mais de plus en plus, un métier commence à se faire remarquer au Burkina ; il s’agit de la « rotinerie ». Elle consiste à fabriquer des meubles en rotin. Le rotin est la partie de la tige des branches d’une variété de palmier appelée le rotang utilisé pour faire des sièges cannés.

Mathieu Zongo est « rotinier » depuis 19 ans à Ouagadougou. Venu de Koudougou pour gérer la boutique de son grand-frère, Mathieu s’est aperçu au fil du temps que le commerce n’était pas sa profession de prédilection. Il s’est dès lors intéressé au bois, en s’exerçant durant 7 ans chez une professionnelle. De là, il s’est rendu en Côte d‘Ivoire et au Ghana pour affiner son art. 8 ans d’apprentissage lui ont suffit pour maîtriser son travail. Il a alors décidé d’ouvrir son propre atelier de rotinerie appelé Rotang Burkina, situé sur l’avenue Babanguida. Il y travaille depuis 12 ans.
rotang_burkina-2.swf

La fabrique des meubles

Selon le patron de Rotang Burkina, la fabrication des meubles en rotin dépend en partie du talent du rotinier et de son expérience acquise au fil des ans. Le travail étant effectué uniquement à la main, la durée de confection d’un salon varie selon le modèle. Pour un modèle simple, cela peut prendre 1 à 3 semaines. Le modèle en tissage est beaucoup plus compliqué (entre 21 à 45 jours). Le modèle en tannage peut prendre 3 semaines et les prix aussi varient en fonction des modèles. Ainsi, les salons coutent entre 225.000 et 700.000 FCFA.

Avec le rotin, on peut fabriquer des salons, des chaises et tables à manger, des chaises de restaurant, des minibars, des lits, etc.

Chez Rotang Burkina, la plupart des commandes viennent des entreprises privées, des fonctionnaires, des commerçants, de certaines personnalités politiques burkinabè, des expatriés et surtout des ambassades. Ces différents marchés sont obtenus par un marketing informel consistant en l’exposition des chefs-d’œuvre déjà confectionnés sur la voie publique. Ou souvent, les intéressés demandent les échantillons de plusieurs rotiniers et choisi celui qui pour eux a effectué le meilleur travail.

De l’avis de Mathieu Zongo, les burkinabè s’intéressent de plus en plus au rotin. L’avantage des meubles en rotin est sa durée de résistance, entre 17 et 25 ans. De plus, ce sont des meubles qui embellissent la maison.

Les difficultés du métier

Le travail est rentable mais la difficulté majeure est l’approvisionnement des tiges de rotang. Le rotang se trouve dans les pays côtiers tels que la côte d’Ivoire, le Ghana qui représentent les principaux lieux d’approvisionnement de Mathieu. Mais depuis la crise ivoirienne, il fait venir le matériel du Ghana. Pour Mathieu, les marchés sont là, mais c’est le matériel qui pose problème. Il affirme que : « vous pouvez disposer de l’argent, mais vous n’obtiendrez pas le matériel à cause du manque de camions pour son transport ». Dans la plupart des cas, des salons prêts à la vente ne sont pas disponibles. Tout se passe sur commande et souvent pour un travail d’une semaine, le rotinier est obligé de donner un délai d’un mois au client à cause du manque de matériel.

Dans l’ensemble, il existe un véritable problème de valorisation du travail artisanal. De l’avis de Mathieu Zongo, le travail artisanal est beaucoup plus valorisé dans les autres pays tels que le Ghana et le Sénégal.

Les rotiniers ne sont pas très nombreux au Burkina Faso, environ 10 à 15 ateliers fonctionnent à Ouagadougou. Cela est dû à la relève qui se fait rare et qui a du mal à s’investir dans l’apprentissage. Le travail artisanal, en général, paraît comme un travail réservé aux personnes non instruites ou qui n’ont pas réussi à terminer leurs études. Le souhait de Mathieu Zongo est que les personnes, qu’importe leur fonction administrative, sachent au moins faire un travail manuel parce que pour lui, cela pourrait leur être bénéfique un jour ou l’autre. Pour lui qui a choisi de s’investir dans ce champ, il nourrit de grandes perspectives pour son business.

ROTANG Burkina souhaite tisser des partenariats dans le but d’augmenter sa capacité de production. Il entend également créer un centre de formation pour initier les jeunes au travail du rotin. Avec ces projets, il compte arriver à imposer un label de qualité sur les produits issus de ces ateliers Rotang.

Pascaline Bicaba, pour Burkinapmepmi.com