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« Mon nom m’impose des devoirs que je ne peux esquiver : des devoirs familiaux et la promotion de la musique sénégalaise. Je me battrai de toutes mes forces pour réussir… » | Youssou Ndour, Un industriel culturel
30 juin 2014
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En quittant « Kassé Star » de feu Ibra Kassé, jadis un des plus grands orchestres, pour lancer le Super Etoile de Dakar, ils étaient nombreux à ne pas comprendre la décision de Youssou Ndour. Comment un jeune chanteur, certes talentueux, mais quasi-analphabète, pouvait-il voler de ses propres ailes, dans un environnement peu évident et se faire une place au soleil ? « Quand les autres groupes se partageaient les recettes, après les spectacles, Youssou Ndour avait choisi de payer des salaires et d’investir pour faire avancer sa musique », se rappelle Alassane Cissé, journaliste culturel.

S’il y a un acteur culturel qui a prouvé que la musique est une vraie industrie, c’est bien Youssou Ndour. Depuis ses débuts, il a créé des entreprises dans son domaine d’activités et réussi à en faire un vrai business.

En quittant « Kassé Star » de feu Ibra Kassé, jadis un des plus grands orchestres, pour lancer le Super Etoile de Dakar, ils étaient nombreux à ne pas comprendre la décision de Youssou Ndour. Comment un jeune chanteur, certes talentueux, mais quasi-analphabète, pouvait-il voler de ses propres ailes, dans un environnement peu évident et se faire une place au soleil ? « Quand les autres groupes se partageaient les recettes, après les spectacles, Youssou Ndour avait choisi de payer des salaires et d’investir pour faire avancer sa musique », se rappelle Alassane Cissé, journaliste culturel.

« Mon nom m’impose des devoirs que je ne peux esquiver : des devoirs familiaux et la promotion de la musique sénégalaise. Je me battrai de toutes mes forces pour réussir… ». Ces propos de Youssou Ndour, prononcés le 18 novembre 1981, quand il quittait l’Etoile de Dakar, après un conflit avec El hadji Faye qu’il jugeait « peu professionnel et peu ambitieux », amorçaient le déclic de la carrière d’un homme qui allait révolutionner la musique sénégalaise.

Dès les premières retombées, il cherche à se structurer. Il trouve des bureaux à la Médina (actuel CMS Malick Sy). Avec peu, il met pourtant la barre très haut. « Tu es le manager, tu vas calculer tout ce qui entre, tout ce qui sort, tout ce qu’on gagne, tout ce qu’on perd. Tu vas salarier tous les gens qui travaillent ici », donna-t-il comme instructions à un ami, nommé manager. Un professionnel bien au fait des questions administratives, comptables et financières. Il commença à louer la sonorisation, achetée au début de l’aventure, pour se faire un peu plus d’argent, quand le Super Etoile ne joue pas en boite.

Une nouvelle organisation dans un secteur, plutôt informel. Une mission de titan. Ainsi naquit la Société africaine de promotion musicale (Saprom) grâce à l’expert-comptable, Aziz Diéye. L’actif, c’était deux véhicules de transport, l’un pour le matériel et l’autre pour le personnel, pour les sorties. Même s’il lui est arrivé de ne pouvoir payer les salaires à la fin du mois, Youssou a tenu bon. Ce qui ne l’empêchait guère de voir plus loin. « La Saprom a eu beaucoup de publicité mais sans gros moyens. Ma carrière, par contre, continuait à être fulgurante. Je devenais automatiquement le premier bailleur de fonds. Que la Saprom ait des problèmes, c’était une honte pour moi. Et ça, il en était hors de question ! Même si j’avais séparé les activités… », confiait-il.

Mais comme Youssou Ndour débordait d’ambitions, il se dépensait sans compter. Mamoudou Ibra Kane, patron du Groupe Futurs Médias, témoigne : « C’est quelqu’un qui donne l’impression de ne vouloir jamais s’arrêter. C’est quand même assez paradoxal pour un artiste de sa dimension, les grands artistes marchent souvent à l’intuition. Mais lui prend toujours le temps de bien mûrir ses idées ».

A vrai dire, Youssou a ce flair qui fait les grands businessmen. Ce qui l’a poussé à racheter un studio de musique (devenu Xippi), à renforcer le matériel pour les enregistrements, puis la duplication et la distribution des cassettes, à côté de la Saprom, la société de production et de promotion. « J’étais obligé d’investir dans tous les secteurs de la musique. On fait des cassettes, on les duplique, on les distribue. Rien n’était organisé dans le secteur. Moi, j’ai un peu de moyens, de la notoriété, j’ai eu envie de mettre ça en place. Pour en bénéficier en tant qu’artiste mais aussi pour tous les autres qui en avaient besoin », annonçait-il. Par la suite, il lança sa boite de nuit, Thiossane Night Club, très prisée par la Jet-set et où les plus grands mélomanes se donnaient rendez-vous, pour savourer la voix de la star.

Un succès éclatant et qui ne s’arrêtera pas à la musique. Youssou Ndour profita de son aura devenue internationale, pour lancer un groupe de presse, devenu puissant, avec une radio très écoutée (RFM), une imprimerie, un quotidien (L’Observateur), le premier tirage du pays avec près de 100 000 exemplaires, une Télévision (TFM) qui fait l’événement et un site d’informations. Qui dit mieux ?

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