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Relations professionnelles > Au travail, ils veillent au bien-être de leurs collègues
17 mai 2016
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Ce sont des « Bienveilleurs ». Des salariés qui refusent de limiter les relations professionnelles à un simple « bonjour-au-revoir », comme y invitent trop souvent le stress et l’individualisme qui peuvent régner au bureau. Face à ce phénomène, les « Bienveilleurs » sont persuadés que prendre soin de ses collègues constitue une promesse de bien-être généralisé au travail.

Et si nous ne laissions plus nos émotions à la porte du bureau ? Depuis une quinzaine d’années, les chercheurs du très sérieux Compassion Lab de l’université du Michigan aux Etats-Unis, s’interrogent sur l’intérêt d’agir avec empathie envers ses collègues. Leurs recherches ont permis de mettre en lumière un type de salariés particulièrement bienveillants, appelés « toxic handlers » outre-Atlantique. En France, Gilles Teneau, chercheur et responsable du Centre de recherches en résilience organisationnelle (CIRERO), est l’un des premiers à s’être penché sur le profil de ces employés pas tout à fait comme les autres. Généralement managers ou cadres intermédiaires, ils sont particulièrement à l’écoute des inquiétudes et angoisses de leurs collègues. Un comportement qui caractérise ces salariés comme des « catalyseurs de souffrance », selon Gilles Teneau. Agir avec empathie, sans intérêt ni jeu de pouvoir, leur permettrait d’apporter dans certains cas de réelles solutions aux problèmes des membres de leur équipe. Résultat de cette bienveillance dans les relations professionnelles : un véritable gain en bien-être pour chacun et une meilleure cohésion au sein de l’entreprise.

Développer la bienveillance au travail, c’est aussi le pari des « Bienveilleurs » de La Fabrique Spinoza, le « think tank du bonheur citoyen ». Pour Véronique Olivier, directrice du projet, l’heure est venue pour chacun de « devenir coacteur du bien-être de l’autre, afin que les relations professionnelles soient améliorées. »

Comment les « Bienveilleurs » souhaitent-ils développer la bienveillance au travail ?

Véronique Olivier : La plupart des salariés pensent que la question du bien-être au travail n’est pas vraiment de leur ressort. En réalité, nous sommes les premiers responsables de notre harmonie et bien-être professionnels. Faire preuve de plus de bienveillance se traduit par des actions concrètes : prendre du temps pour l’autre, échanger dans une confiance mutuelle. Parfois, le simple fait de se savoir libre de poser une question à un collègue peut libérer d’un stress insupportable. Autre initiative par exemple, celle de l’ange-gardien. Il s’agit de choisir un collègue en particulier auquel on prêtera attention, pour qui l’on peut se rendre disponible et devenir un référent au sein de l’entreprise. Ces pratiques apportent du bien-être à tous les niveaux, autant à celui qui fait preuve de bienveillance et d’empathie, qu’à celui qui peut trouver une oreille à l’écoute et un soutien moral.

Peut-on tous devenir « Bienveilleur » ?

Véronique Olivier : Tout le monde peut être bienveillant, mais encore faut-il le vouloir. Les salariés les plus intéressés par notre initiative travaillent en entreprise mais ne trouvent pas de soutien, de relation au sens fort du terme. Il y a aussi le cas de certaines professions libérales, professeurs ou avocats par exemple, qui peuvent travailler en collectif mais échappent aux ressources humaines et n’ont souvent personne pour les soutenir, ni les écouter. Si aucune vigilance n’est exercée sur le bien-être de ces travailleurs, il est essentiel qu’ils deviennent acteurs de leur propre équilibre, mais contribuent également, par un lien de cause à effet, à celui des autres.

Est-ce vraiment le rôle du salarié de prendre soin d’un collègue ?

Véronique Olivier : Habituellement, les salariés pensent que cela revient implicitement aux ressources humaines, au CHSCT ou encore aux partenaires sociaux, alors qu’eux-mêmes ne se placent pas nécessairement dans des postures de bienveillance. Il est vrai que prendre soin de l’autre n’est ni naturellement, ni de façon contractuelle, le rôle du salarié. Cependant, il n’y a pas de prérogative dans ce domaine. Plus qu’un simple « rôle », faire attention à son bien-être ainsi qu’à celui de son collègue est une posture de gentillesse, une vraie ouverture qui ne peut se réaliser que d’individu à individu.

N’y a-t-il pas des risques, des limites, à cette pratique de la bienveillance au travail ?

Véronique Olivier : Des démarches bienveillantes peuvent parfois se transformer en situations toxiques. Si consciemment ou non, le « bienveilleur » se pose comme « sauveur ». Ou encore, lorsque les attentes d’un salarié ne sont pas proportionnées à ce que le collègue bienveillant peut apporter… L’attitude bienveillante à laquelle nous appelons se place uniquement dans un contexte de relations « normales » et ne doit pas entraîner des cas « cliniques ». Comme dans toute relation professionnelle, la bienveillance a ses règles et ses limites qu’il faut savoir exposer clairement.

Propos recueillis par Lucien Fauvernier
Psychologies.com/

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