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“La fixation du taux d’intérêt dans les banques ne relève du hasard mais de calcul mathématique” Moussa Alassane Diallo, Président de l’Asociation Professionnelle des Banques et Etablissements Financiers (APBEF) du Mali
24 juin 2016
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Les perspectives du secteur bancaire et financier sont bonnes car le pays est dans un processus vertueux de croissance économique forte, 7,2% en 2014 et 5% en 2015. Ce contexte est favorable au financement des entreprises et à la création de richesse. Je reste confiant quant aux perspectives de croissance du Mali en 2016.

Le secteur bancaire malien se porte bien et se positionne à la troisième place dans l’espace UEMOA, après la Côte d’Ivoire et le Sénégal. La précision est de Moussa Alassane Diallo, président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF) et non moins Président directeur général de la BNDA. Il nous accordé une interview exclusive dans laquelle il est question de la gouvernance bancaire, des taux d’intérêt, des perspectives du secteur bancaire et financier et surtout de la contribution du secteur bancaire malien au financement de l’économie, notamment par ses concours en faveur des entreprises et des particuliers.

Combien de banques et d’établissements financiers y a-t-il à l’heure actuelle au Mali ?

De nos jours, le Mali compte 13 banques (Bdm-sa, Bms-sa, Bim-sa, Bnda, Boa, Bcs-sa, Ecobank, Bicim, Bsic, Orabank, Banque Atlantique, Coris Bank, Bci-sa) et trois établissements financiers (Alios Finance, Fghm, Fgsp).

Et comment le secteur bancaire se porte-t-il en tenant compte des résultats de l’année 2015 ?

Globalement le secteur bancaire malien se porte bien. Il contribue de plus en plus au financement de l’économie et accroît ses concours en faveur des entreprises et des particuliers. Les fonds propres des établissements de crédit se renforcent et se consolident davantage avec l’entrée en vigueur de la deuxième phase d’augmentation du capital social minimum à compter du 1er juillet 2015, en portant le capital social minimum des banques à 10 milliards de Fcfa et celui des établissements financiers à 3 milliards de Fcfa. Les établissements de crédit en activité disposent d’un délai de 24 mois, c’est-à-dire à échéance 30 juin 2017, pour se conformer à cette réglementation.

Depuis l’année dernière, la Bceao a décidé de rendre gratuits plusieurs services bancaires qui étaient auparavant facturés aux clients. Où en est-on dans l’application au niveau du Mali ?

Vous avez parfaitement raison, la gratuité de certains services bancaires décidée par la Bceao est entrée en vigueur depuis octobre 2014. En collaboration avec les associations des consommateurs (Ascoma et Redecoma), l’Apbef a élaboré et mis à la disposition des usagers des banques des dépliants indiquant la liste de tous les services à facturation gratuite. En outre, des émissions aux radios de proximité ont été organisées pour une meilleure information du grand public.

Depuis deux ans, on parle d’une restructuration du secteur bancaire. Quelles en sont les grandes lignes et où en est-on ?

Il n’y a pas de restructuration du secteur bancaire au Mali à proprement parler. Il y a une modification du mode de gouvernance des banques avec la séparation des fonctions de présidence du Conseil d’administration et de Direction générale. Cette situation ne suffit pas à parler de restructuration bancaire qui recouvre un contenu beaucoup plus large. La restructuration bancaire intervient en général après une crise financière grave et systémique ou après une profonde réforme de la réglementation bancaire.

Le ministre de l’Economie et des Finances a rendu hommage au secteur bancaire et financier pour son accompagnement dans la reconstruction de l’économie malienne au sortir de la crise multidimensionnelle. Pouvez-vous nous en dire davantage sur cet accompagnement qui a motivé pareil témoignage ?

Le Mali a connu en mars 2012 une crise politico institutionnelle et sécuritaire qui s’est traduite à un moment donné par un embargo et la suspension de notre pays des relations financières régionales et internationales. Dans ce contexte, les banques maliennes avaient une responsabilité historique à assumer, à savoir éviter l’effondrement du pays et de son économie. C’est pourquoi, des mesures exceptionnelles ont été prises dès mars 2012 pour assurer le paiement des salaires des fonctionnaires de l’Administration publique et les pensions des retraites. Ensuite, les banques maliennes ont été les seules à participer à la première émission des bons du trésor du Mali émis par les nouvelles autorités de la transition. Aucun autre investisseur financier n’a osé faire confiance à la signature du Mali. Enfin, les banques ont activement participé à la relance économique post crise par des soutiens multiformes à l’Etat, aux entreprises, notamment du nord et aux particuliers.

Le secteur bancaire et financier fait souvent face à deux préjugés : d’abord, le crédit coûte cher au Mali ; ensuite, les banques et établissements financiers n’accompagnent pas suffisamment le secteur privé, notamment en matière de financement des activités. Quelles réponses y apporter ?

Je comprends parfaitement les critiques faites aux banques à la fois sur les taux élevés et sur le manque de financement des entreprises. La fixation du taux d’intérêt dans les banques ne relève du hasard, mais de calcul mathématique reposant sur cinq facteurs : le coût des ressources, le coût d’intermédiation, le risque d’impayé, le risque d’immobilisation et le risque de change éventuellement quand la banque s’endette en devise. L’amélioration de chacun des facteurs cités peut être de nature à baisser le taux d’intérêt. Je dois aussi reconnaitre que, globalement, les taux d’intérêt ont fortement baissé au Mali et dans les autres pays de l’Uemoa au cours des trois dernières années.

En ce qui concerne le manque de financement des entreprises, il faut aborder cette question avec beaucoup de discernement. En effet, les grandes entreprises n’ont aucune difficulté à accéder au financement bancaire. D’ailleurs, elles font l’objet d’une grande concurrence entre les banques. Cependant, les petites et moyennes entreprises et les petites et moyennes industries éprouvent énormément de difficultés à obtenir un prêt dans les banques. Cette situation s’explique par le caractère informel de ces Pme/Pmi qui ne tiennent pas de comptabilité et par conséquent ne présentent aucun état financier (bilan, compte d’exploitation) ou même de prévisions financières et de plan de trésorerie. Ces instruments financiers sont nécessaires à l’analyse du risque de crédit dans les banques.

Les Pme/Pmi représentent 80% des entreprises au Mali et si elles ne sont pas financées, bien sûr les critiques relatives au manque de financement des entreprises ne s’arrêteront pas. C’est pourquoi, en 2015, les journées annuelles des banques ont traité du « Financement des Pme/Pmi : Défis et Opportunité ». Étant donné que les Pme sont dans le secteur informel, il appartient aux banque de s’adapter à cette situation et de développer d’autres outils d’analyse de risque du crédit autres que les états financiers. Par exemple des outils d’analyse reposant sur une meilleure connaissance des promoteurs (sérieux, notoriété et crédibilité), de leurs activités (production et chiffres d’affaires), de leurs outils de production (qualité et performance). Sur la base de cette démarche, il s’agira d’ouvrir un compte à la Pme informelle et de domicilier les recettes sur le compte. Ainsi, l’analyse du risque du crédit reposera sur le cash flow déterminant la capacité d’endettement et de remboursement de la Pme.

Selon les statistiques de la Bceao, les emplois du système bancaire malien se sont établis à 3.235 milliards de Fcfa au 31 décembre 2015, en progression de 527 milliards de Fcfa par rapport au 31 décembre 2014 (19,5%).

Quelles sont les grandes lignes des perspectives du secteur bancaire et financier ?

Les perspectives du secteur bancaire et financier sont bonnes car le pays est dans un processus vertueux de croissance économique forte, 7,2% en 2014 et 5% en 2015. Ce contexte est favorable au financement des entreprises et à la création de richesse. Je reste confiant quant aux perspectives de croissance du Mali en 2016.

Quel message avez-vous à lancer au public en général et aux opérateurs économiques en particulier ?

Le développement économique du Mali se fera avec les entreprises, les particuliers et les banques. C’est pourquoi, il est nécessaire de créer un cadre de concertation et d’échange entre les acteurs économiques de façon à rechercher des solutions consensuelles aux défis de notre économie. Je crois fortement à la capacité des femmes et des hommes (opérateurs économiques et banquiers) de ce pays à apporter des solutions pour une croissance inclusive.

Extrait Interview réalisé par A.B. HAÏDARA, pour Aujourd’hui-Mali



Vos réactions

  • Dire que le calcul du taux d’intérêt dans les banques résulte d’un calcul mathématique, c’est finalement ne rien dire. Comme si les paramètres de ce calcul n’étaient pas conditionnés par des décisions stratégiques de la part d’une banque en fonction de ses objectifs d’activités.

    Il est d’ailleurs trompeur de prétendre que le taux d’intérêt ne dépend que des 4 facteurs de risque avancés par ce Monsieur. D’abord, l’appréciation de la valeur de chacun de ces risques ne repose pas uniquement sur des considérations objectives, mais très souvent sur des considérations subjectives liées aux caractéristiques de la banque, actionnaires, dirigeants, clients...

    Ensuite, parce que si les banques se contentaient à travers le niveau du taux d’intérêt de provisionner ces 4 risques, elles ne gagneraient d’argent qu’en cas de non réalisation de ces risques. Un peu comme un assureur.
    La réalité, c’est que c’est bien la marge commerciale, indépendante de ces risques couverts, qui décide du taux servis aux clients.
    Et le niveau de cette marge est le fruit d’une décision stratégique.
    Tenter d’objectiver la fixation du taux d’intérêt derrière un calcul mathématique ne sert qu’à vouloir cacher le fait que les banques sont responsables, comme tout commerçant, du taux d’intérêt final.

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