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Koffi Djondo, une légende panafricaniste du monde des affaires
2 juillet 2016
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Son nom est sûrement l’un des moins connus chez les profanes du monde des affaires. Pourtant, le mystère et la discrétion que cultive Koffi Djondo n’altèrent pas sa brillante réussite. Aujourd’hui connu dans le milieu du business pour avoir cofondé Ecobank et Asky Airlines, le self-made man togolais a bâti sa légende tout seul, en faisant preuve d’une capacité d’adaptation hors du commun.

Ses premiers pas dans le monde des affaires remontent à la période coloniale. Cinq décennies plus tard, Koffi Djondo est un monument dans le monde des affaires. Cela, il le doit à son flair mais également à des qualités cultivées, bien des années plus tôt, dans son enfance.

Une enfance passée dans une chrysalide de rigueur

Tous ses proches le confirment. La première chose qu’inspire Koffi Djondo, est un sens de la rigueur hors du commun. Ce trait de caractère a été forgé durant une enfance marquée par une rigueur parentale féroce. Koffi Djondo est né le 04 juin 1934, dans une petite bourgade togolaise qui est aujourd’hui rebaptisée, en son honneur, ‘’Djondo-Condji’’ (Terre des Djondo, Ndlr). Il y grandit dans une famille aisée mais déchirée par les problèmes entre ses deux géniteurs. Ces derniers finiront par se séparer, laissant l’éducation de Koffi Djondo à son père. L’homme d’affaires ne garde pas un très bon souvenir de ces moments. « Quand mon père mangeait, j’étais debout, à côté de lui, les bras croisés. Une fois alors que je somnolais, il m’a mis à genoux sur des coques de noix de palmes. J’avais les genoux en sang », raconte-t-il des années plus tard. Conséquence de cette rigueur « prussienne », le jeune garçon, fils unique de ses parents, grandit loin des enfants de son âge, dans un cocon créé par des parents surprotecteurs. Si cette réclusion lui laisse un sentiment de profonde solitude, elle lui permet également d’apprendre à ne compter que sur lui-même, et lui permet de développer une rigueur que certains qualifieront de pathologique. Il fait des études primaires et secondaires ordinaires, avant de faire des études supérieures de comptabilité à l’Institut des Hautes Etudes d’Outre-mer et à l’Institut des Sciences Sociales du Travail de l’Université de Droit et Sciences Economiques de Paris.

Syndicalisme et naissance d’un panafricaniste

Avant d’aller étudier en France, Koffi Djondo travaille en 1950, au Niger, comme expert-comptable à la Régie générale des chemins de fer et travaux publics du Niger. Sa rigueur et son efficacité impressionnent tellement les cadres de l’administration coloniale qu’il est nommé directeur administratif et financier de la société française Sotra. C’est à ce moment que le jeune homme, d’ordinaire renfermé sur lui-même, s’ouvrira aux autres. « J’avais un statut d’expatrié et j’étais logé dans une résidence du quartier réservé aux colons. Mais j’ai découvert la situation déplorable des travailleurs nigériens. Bien que cadre, je me suis inscrit au syndicat CFTC, avec pour objectif d’aider mes frères africains qui étaient maltraités dans l’entreprise. » Koffi Djondo affiche alors son soutien aux syndicalistes nigériens, ce qui finira par le faire renvoyer de la société française Sotra. Cet épisode sèmera en lui les graines d’un panafricanisme qui ne le quittera plus.

Compétent partout, du public au privé

Après l’épisode syndicaliste nigérien, Koffi Djondo rentre au Togo, désormais indépendant. Plus tard, il s’inscrit, sur les conseils d’un socialiste français du nom de Joude, à l’Ecole nationale de la France d’outre-mer, à Paris. « Nous étions quatre Togolais dans cette école », se rappelle-t-il. Mais ses jours dans cette école seront brefs. En effet, Sylvanus Olympio, alors président de la République, demande l’exclusion du Togolais de cette école, par représailles envers Nicolas Djondo, oncle de Koffi Djondo et farouche opposant au régime en place. « Je suis informé que le président Olympio demande avec insistance que je sois exclu de l’Ecole. Ce qui embarrasse les autorités françaises. Je suis reçu par le président de Gaulle qui me rassure et je me vois offrir une bourse. Mais je vais plutôt m’inscrire à l’Institut des sciences sociales du travail. J’y passe un an de 1962 à 1963. Après le coup d’Etat qui entraîne la mort d’Olympio, Grunitzky est installé au pouvoir et il obtient mon retour à l’Ecole nationale de la France d’outre-mer. Ce qui me permet d’obtenir mon diplôme ». Après son diplôme, Koffi Djondo obtient un poste au sein de la compagnie aérienne UTA, avant que le nouveau président, Grunitzky, ne le nomme directeur général de la Caisse d’allocations familiales, en 1964. Il y crée, entre autres, le régime des accidents de travail, la retraite obligatoire et la pension vieillesse. En 1973, il est nommé président du Conseil économique et social, avant de retourner dans le secteur privé, en tant que directeur général de la filiale togolaise du groupe français SCOA. Passant de poste en poste et affichant toujours la même efficacité, il est élu, en 1975, président de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo. En 1985, il devient ministre de l’Industrie et des Sociétés d’Etat. Plus tard, il devient président de la Fédération des chambres de commerce de l’Afrique de l’Ouest. Il y fait la connaissance du Nigérian Adeyemi Lawson, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nigeria. Cette rencontre sera déterminante dans l’histoire du togolais.

Ecobank puis Asky, l’envol du papillon panafricain

Kofffi Djondo et Adeyemi Lawson tissent des liens très forts. Il faut dire qu’ils ont beaucoup de choses en commun. Les deux panafricanistes sont convaincus que la création d’une banque sera déterminante et impactera positivement l’écosystème du business africain. Ils réussiront, avec l’aide de l’entrepreneur Henry Fajemirokun, à créer Ecobank, sans bénéficier de la moindre aide d’une quelconque institution publique africaine. Fidèle à ses ambitions panafricanistes, Ecobank recrute « de jeunes africains venant de tous les pays ». Comme l’expliquent des experts de la finance, « dès le début, Ecobank s’est donné pour mission de bâtir une nouvelle Afrique. Cela a donné à ses employés le sentiment que leur but était bien plus que de faire de l’argent. La banque recherchait des personnes qui correspondaient à cette culture et avaient la passion de faire la différence en Afrique…on les appelait “Ecobankers”, pour souligner que travailler à Ecobank, c’était spécial ». Le développement de la banque est fulgurant. Elle devient, avec sa présence dans 33 pays africains, l’emploi de 18 000 personnes et un chiffre d’affaires passé, de 544 millions à 1,75 milliard de dollars de 2007 à 2012, une des institutions bancaires les plus importantes dans le monde. Fort de ce succès, Koffi Djondo se lance dans un autre projet qui lui tient à cœur. Lorsque Air Afrique fait faillite en 2002, le Togolais décide de créer une compagnie aérienne panafricaine, appartenant uniquement aux Africains. Il créera Asky Airlines qui sera lancée le 15 janvier 2010. En trois ans, la compagnie aérienne s’impose dans la sous-région ouest-africaine, en couvrant plus de 22 destinations dans 19 pays, à l’aide d’une flotte composée d’avions à la pointe de la technologie.

Koffi Djondo a reçu, en 2013, un Lifetime Achievement Award récompensant l’ensemble de sa carrière dans le monde des affaires. Aujourd’hui, l’octogénaire s’est retiré dans sa bourgade natale qui porte désormais son nom. Il y a gagné le cœur des populations en leur apportant l’eau potable. Il ne sort de sa résidence de Djondo-Condji que lorsqu’il doit offrir son expertise ou aller recevoir une distinction. Pourtant, celui qui est toujours Président d’honneur d’Ecobank affirme ne pas être prêt à prendre sa retraite. Une manière bien à lui de nous prévenir de sa prochaine grande création ? l’avenir le dira.

ecceafrica.com/

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