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Sangaré Souleymane, mécanicien-garagiste : « On voit le mécanicien sale mais on ne pense pas au résultat qu’il donne »
23 décembre 2016
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Pour moi, dans la formation, il n’y a pas de difficulté. Quand tu te formes, c’est pour obtenir quelque chose. Ce n’est pas facile. Dit que je marchais, je ne mangeais pas de la journée, pour moi, ce ne sont pas des difficultés. C’est comme un élève qui dit je marchais pour aller à l’école, il n’a rien dit. Si tu étais né dans une famille aisée tu n’allais pas aller à l’école en bus ou marcher. C’est après la formation qu’il y a des difficultés pour s’insérer.

Souleymane Sangaré est un véritable « succès storie » dans son domaine. Mécanicien, il est propriétaire d’un garage depuis quelques années et embauche 14 personnes dont un directeur chargé de la politique managériale de sa boite et une commerciale. Dans cette interview, il donne les secrets de sa réussite, invite les mécaniciens à professionnaliser le milieu. Toute chose qui, selon, lui obligera le Gouvernement à développer ce secteur « délaissé » depuis des lustres.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans la mécanique ?

Depuis mon enfance, j’aimais déjà les engins. Pendant la Noël, lorsque ma mère me donnait des cadeaux, ils ne duraient pas parce que je passais mon temps à les démonter pour savoir ce qu’il y a dans ces engins. Depuis ce moment, les véhicules sont devenus pour moi une passion.

Votre amour pour la mécanique n’est-il pas la résultante d’un échec scolaire ?

Non ce n’est pas le cas. Je suis allé à l’école pour m’orienter. C’est vrai j’ai arrêté en classe de 6ième mais ce n’était pas à cause d’un quelconque échec que je me suis retiré de l’école. Etant à l’école les jours fériés j’allais dans un garage pour apprendre le métier qui me passionne. Ma filière, c’est la mécanique. J’ai aimé et très tôt je me suis lancé dans ce qui me plaît. Le parcours scolaire ne m’a rien dit. J’ai mis toute ma passion dans la mécanique. Je n’avais personne dans la famille qui faisait ce métier mais je l’aimais. Certes, l’école te rattrape un jour mais moi c’est pour simplement m’orienter dans ma vie que je suis allé à l’école

Comment se faisait votre formation ?

La formation était typiquement pratique. Quand j’ai eu une petite expérience dans le domaine, j’ai vu que je devais être formé de manière théorique parce que les véhicules étaient automatiques. C’est à ce moment que, tu sens que l’école va te rattraper parce que tu as besoin de la théorie pour connaitre comment certaines pièces d’une voiture fonctionnent. Alors je me suis fait former chez un patron de garage qui était professeur également dans une école technique. C’est celui-là qui m’a donné des enseignements pratiques et théoriques. Pendant les périodes creuses, il nous faisait la théorie. Il nous apprenait le fonctionnement par exemple d’une bougie, d’un piston. Chacun notait également et à la descente on étudiait les leçons comme une école normale. Aussi, dans notre groupe on avait des élèves qui venaient directement de l’école technique. Ils nous apprenaient la théorie et nous qui n’avons pas fait l’école technique, on leur apprenait la pratique. C’était du donnant-donnant. Il faut dire aussi que j’ai eu la chance de côtoyer des patrons très qualifiés. Dans le garage où j’étais à Marcory, il était prévu que je fasse 3 ans de formation. Mais comme j’étais le meilleur dans notre groupe je n’ai pas fini mes 3 ans et on m’a affecté à Yopougon. Là-bas, on me donnait des primes d’encouragement qui me permettait de payer ma carte de bus et me nourrir. Je suis resté au garage de Yopougon pendant 17 ans. J’ai fait toute ma vie dans la mécanique.

Quel est la difficulté en mécanique ?

Pour moi, dans la formation, il n’y a pas de difficulté. Quand tu te formes, c’est pour obtenir quelque chose. Ce n’est pas facile. Dit que je marchais, je ne mangeais pas de la journée, pour moi, ce ne sont pas des difficultés. C’est comme un élève qui dit je marchais pour aller à l’école, il n’a rien dit. Si tu étais né dans une famille aisée tu n’allais pas aller à l’école en bus ou marcher. C’est après la formation qu’il y a des difficultés pour s’insérer.

Aujourd’hui, vous êtes patron d’un garage, qu’est-ce qui vous a poussé à monter votre propre business ?

J’ai vu que c’était le moment d’affronter la vie. J’avais beaucoup appris et j’avais un rêve celui d’être l’un des plus grands mécaniciens du pays. J’ai commencé avec un premier garage en 2011 à Marcory. Le propriétaire nous a chassés du terrain un an après. J’ai fait des mois sans travail. Je ne me suis pas découragé pour autant, j’ai monté encore un autre garage ou j’ai été chassé un an après ou les habitants de la cité ont cassé carrément le garage. Donc, il fallait tout reprendre à zéro. C’est ce que j’ai fait et aujourd’hui cela fait 2 ans que nous sommes dans un nouvel endroit. Par la grâce de Dieu tout va pour le mieux. Vous voyez de 2011 à aujourd’hui, le parcours que nous avons traversé.

La plupart des garages ne sont pas structurés. Chez vous comment vous procédez ?

Ici j’ai pris un directeur qui fait tous mes contrats. Les employés ont un tableau de règlement intérieur qu’ils doivent respecter. On est très différents des autres garages. Nous avons un programme bien défini. Les mécaniciens que vous voyez ont tous un salaire bien établi. J’emploie 14 personnes dans mon garage. En plus du directeur, il y a une secrétaire, une commerciale, 4 mécaniciens pour les petits engins et 6 autres pour les gros engins et un électricien. Nous commençons le travail à 8 heures et à 18 heures tout est fini. Chaque chef de mécanicien a une fiche ou il pointe l’arrivée de ses subalternes. A sa descente, il vient avec le rapport journalier au siège pour que la direction valide. J’ai deux équipes. Une pour les petits engins et l’autre pour les grands engins. Ensuite, tous les véhicules qui entrent dans notre garage sont assurés. Je paye chaque année 1million 2cents mille en assurance tout risque. Cela veut dire que même si ta voiture est assurée, si elle franchit le garage, notre assurance la couve. Nous faisons également, la Formation professionnelle par alternance. C’est-à-dire après la pratique, j’ai un professeur de l’enseignement technique qui vient former les mécaniciens théoriquement. Et ce, les jeudis et vendredis. C’est moi qui paye les formations.

Quel est le secret de votre réussite ?

C’est la passion et l’amour de ce qu’on fait. Dans chaque métier, il y a des difficultés mais c’est votre courage qui vous emmène au succès.

Qu’est-ce que vous pouvez dire aux personnes qui pensent qu’être mécanicien est un sous-métier ?

Je voudrais dire que le métier de mécanique est noble. Si on reprenait la vie, j’allais être toujours mécanicien. Je ne regrette pas. Il faut être quelqu’un de plus qu’intelligent pour être mécanicien. Un mécanicien est comme un médecin qui fait 9 ans de formation. Je vais vous raconter une anecdote. J’étais à Marcory et une femme voulait obliger son fils à apprendre la mécanique. Elle m’a dit « Monsieur, mon enfant n’est pas intelligent à l’école, donc je veux qu’il fasse la mécanique ». J’ai dit à cette dernière que je ne formerai pas son enfant. On voit le mécanicien sale mais on ne pense pas au résultat qu’il donne. Mais il faut être intelligent pour faire cela. Nous accomplissons des devoirs quotidiens plus qu’à l’école. Quand vous venez avec votre voiture qui ne démarre pas, le mécanicien doit faire tout pour corriger cela. Donc quand on parle de quelqu’un qui est intelligent, c’est le mécanicien. Aujourd’hui, grâce à ce métier j’emploie chez moi un indien. Quand les voitures de mes clients ont une panne dans un pays comme le Benin ou autre, on me paye le billet d’avion tous frais payé pour aller arranger.

Qu’est-ce qu’il faut pour professionnaliser le métier ?

La filière mécanique est carrément délaissée. Il y a des élèves qui ont leur cv chez moi, qui sont formés dans les grandes écoles en théorie mais en pratique c’est zéro. Quand je les prends, je leur donne des conseils parce qu’ils n’ont pas de bon niveau. En mécanique, il y a deux formations. La première c’est la théorie que tu apprends à l’école mais quand tu viens à la maison, pendant les congés, tu dois faire la pratique dans un garage. Aujourd’hui, ceux qui sont formés dans les écoles sont vidangeurs dans les stations. Même un citoyen normal que je forme pendant deux jours peut faire cela. Leur place c’est de venir donner un plus à ceux qui ont appris sur le tas. Cette filière appartient aux mécaniciens. C’est eux qui doivent raisonner professionnel. Il faut que le mécanicien d’abord paye ses employés parce que ce n’est pas quelqu’un de notre filière qui peut professionnaliser notre filière. Tant que nous pensons ainsi, nous serons toujours derrière. Ce n’est pas l’Etat qui va venir nous dicter la démarche à suivre. C’est à nous de professionnaliser le métier et l’Etat va nous suivre.La mécanique est une entreprise comme tout autre. Il peut être rentable pour l’Etat et pour les mécaniciens. La mécanique va au-delà du terme nourrir son homme. Quand tu vois qu’un jour, un client qui tombe en panne dans un pays quelconque et paye ton billet d’avion pour venir le dépanner, tu ne peux pas dire que la mécanique nourrir son homme, il va au-delà.

Moïse Bokbi | lebabi.net

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