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Pierre Gattaz : "La France a besoin d’un nouveau projet africain"
15 février 2017
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On pense que la France a un rôle à jouer, en toute humilité, sans arrogance. En regardant l’avenir, plutôt que le passé. Et regarder l’avenir, c’est le définir. Et au Medef, on a mis en place un projet autour de trois thèmes : la jeunesse et l’entrepreneuriat, la diversification des économies, et les nouvelles solutions de financement. Ce projet réunit des entreprises françaises et africaines. Et désormais, nous allons présenter cette feuille de route, Africa 2030, partout, et ensuite faire passer le message à tous les candidats à la présidence de la République française.
ENTRETIEN. À Bamako, le patron des patrons français a marqué sa volonté de mettre l’entreprise au cœur de la coopération franco-africaine.

Vendredi 13 janvier, l’hôtel Laico de l’Amitié, situé au centre de Bamako, grouille de monde. Le Sommet Afrique-France va vivre une journée importante où l’économie va primer. Chefs d’entreprise, jeunes start-up, délégations de patronat et communicants – tous sont venus à l’invitation du Mouvement des entreprises de France (Medef) et du Conseil national du patronat malien. Sous le signe de la reconquête des marchés africains, ce raout économique a attiré plus de 300 personnes, dont 70 entreprises, majoritairement des PME-PMI.

Au pas de charge, Pierre Gattaz, le patron des patrons français, Patrice Fonlladosa, président du comité Afrique de Medef International, et Mamadou Sinsy Coulibaly, chef des patrons maliens, ont présenté une nouvelle feuille de route dénommée Africa 2030. L’objectif est de placer l’entreprise au cœur de la stratégie des gouvernements. Et le discours est bien rodé : selon Pierre Gattaz, « les entreprises sont un levier important pour répondre aux défis de l’Afrique et de la France. Elles doivent s’inscrire dans la durée et la stabilité pour permettre l’employabilité. » Depuis que le Medef s’est relancé en Afrique en organisant nombre d’événements en France et sur le continent, le discours se veut plus offensif, quitte parfois à sonner un peu trop « afro-optimiste » ?

Qu’à cela ne tienne, pour Mamadou Sinsy Coulibaly, président du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), même si la tenue de ce forum reste une occasion pour les chefs d’entreprise de rassurer les éventuels investisseurs à l’idée de venir au Mali où les conditions d’une relance économique sont en train d’être réunies, il ne faut pas se priver de dénoncer la mauvaise gouvernance. « Ici, les hommes politiques pensent qu’ils sont au-dessus de tout, fabriquent l’argent, reçoivent les subventions et les redistribuent, alors que la richesse, cela se crée par le travail et l’entreprise. » Un peu surpris par le franc-parler du patron des patrons malien, Pierre Gattaz préfère insister sur l’engagement dans la durée des entreprises françaises : « Il faut s’inscrire dans la durée et venir en Afrique pour trente ans, pas pour un one shot de trois ou six mois. » Un message entendu par Mamadou Coulibaly, mais il prévient : « Les Africains ne travaillent pas ! » lance-t-il, « au niveau de l’administration publique, ils ne travaillent guère que quatre mois dans l’année », assène le patron du groupe Klédu, présent dans les médias, le tourisme et l’immobilier depuis plus de trente ans. Face à ces réalités du terrain, Pierre Gattaz ne lâche rien de ses ambitions africaines, un nouveau tournant qu’il compte bien imposer aux futurs candidats à la présidentielle française. Il explique au Point Afrique.

Au Forum économique de Bamako, vous avez lancé une nouvelle feuille de route, Africa 2030, de quoi s’agit-il ?

Pierre Gattaz : Cela fait longtemps que la France n’a pas présenté une vision à long terme de sa stratégie en Afrique. L’époque actuelle fait que nous vivons à la petite semaine, sans organiser le futur. Conséquence, il y a une crispation et une anxiété des populations qui s’expriment par le Brexit, par l’élection de Donald Trump, ou encore par la montée du Front national en France. En Afrique, ce malaise se traduit par de nombreux problèmes, à commencer par le terrorisme, la violence, le chômage, la forte démographie. Je pense qu’il est important de recréer une vision sur le long terme. C’est rassurant pour tout le monde. Nous, au Medef, on ne veut pas venir en Afrique pour deux ou trois mois, « faire un coup » et puis repartir. On pense qu’il est important pour la France d’avoir un nouveau projet africain sur le long terme. L’Afrique, c’est une population qui va passer d’un milliard d’individus à deux milliards, et rien que ce fait-là, ce chiffre, représente des opportunités gigantesques. L’Afrique aura besoin de tout. Les populations auront besoin de tout. Avec tout le flux de populations qui arrivent et qui auront besoin de nourriture, d’eau potable, d’éducation, d’emplois, c’est absolument fondamental. Et si on ne s’en occupe pas, cela représente des risques énormes de désespoir, de terrorisme, d’attentats, de violences aussi.


Pierre Gattaz, le patron des patrons français, Patrice Fonlladosa, président du comité Afrique de Medef International, et Mamadou Sinsy Coulibaly, chef des patrons maliens en conférence de presse, le 13 janvier 2017. © DR

Quel rôle pour la France dans ces vastes marchés africains ?

On pense que la France a un rôle à jouer, en toute humilité, sans arrogance. En regardant l’avenir, plutôt que le passé. Et regarder l’avenir, c’est le définir. Et au Medef, on a mis en place un projet autour de trois thèmes : la jeunesse et l’entrepreneuriat, la diversification des économies, et les nouvelles solutions de financement. Ce projet réunit des entreprises françaises et africaines. Et désormais, nous allons présenter cette feuille de route, Africa 2030, partout, et ensuite faire passer le message à tous les candidats à la présidence de la République française.

Comment les entreprises françaises peuvent-elles se co-développer avec des entreprises africaines qui sont souvent dans l’informel, qui allez-vous avoir en face ?

On aura besoin de tous les secteurs pour bâtir l’économie de demain. L’Afrique est certes dominée par le secteur informel, mais nous ne faisons pas de distinction, parce qu’on a besoin de tout le monde. Qu’elles soient dans le formel ou pas, les entreprises africaines innovent, notamment dans le numérique. Elles démarrent souvent au niveau informel avant d’atteindre la maturité, comme on l’a vu avec l’invention de nouveaux systèmes de paiement. Personne n’y croyait, mais, désormais, ces sociétés font figure de leaders dans le domaine de l’innovation. Donc, nous, au Medef, nous pensons co-investir dans le primaire, le secondaire, le tertiaire et le numérique, sans oublier l’énergie. Il y a tout à faire. Je pense que c’est bien qu’il y ait des gens qui viennent avec des services, des gens qui viennent avec des idées de transformation, d’autres avec des idées de services à la personne, des services aux entreprises, on aura besoin de tout. La taille du continent, la démographie fait qu’on aura besoin de tout type d’entreprises pour investir.

Propos recueillis à Bamako par Viviane Forson | Le Point Afrique
© Le Point.fr

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