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Afrique-États-Unis : le message sans ambiguïté de Trump sur l’Agoa
10 janvier 2018
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Washington continue de maintenir la pression sur le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda et d’autres pays d’Afrique de l’Est. En cause : l’engagement qu’ils ont pris d’interdire l’importation de vêtements et de chaussures de seconde main d’ici 2019 arguant du fait que cela mettait en péril les industries de textile de la région.

La loi sur la croissance et les opportunités de développement en Afrique (Agoa) permet aux pays d’Afrique subsaharienne qui en bénéficient d’exporter sur le marché américain sans droit de douane. Avec l’administration Trump, l’esprit de solidarité, qui en est l’un des fondements, laisse la place à la logique du slogan « America First ».

Toute la presse swazilandaise s’est réjouie de l’annonce du retour du pays dans le programme de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa). Il faut dire que pour le roi du Swaziland, Mswati III, comme pour son peuple, les enjeux de l’accord commercial avec les États-Unis sont cruciaux. Et ce ne sont pas les travailleurs du secteur textile de ce petit pays de 1,27 million d’habitants qui diront le contraire, eux qui ont multiplié les interventions auprès du monarque pour un maintien du Swaziland comme partenaire privilégié des États-Unis dans le cadre de l’Agoa. Autant dire que ce vendredi 5 janvier, ils ont respiré après que le président américain Donald Trump a annoncé, par le biais du Bureau du représentant américain au commerce, que le pays, ainsi que la Gambie, était rétabli dans ses avantages commerciaux en vertu de la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (Agoa).

Agoa : mode d’emploi d’un retour en grâce

En effet, faute de remplir les critères exigés par Washington en matière de droits de l’homme, le Swaziland avait perdu en janvier 2015 le bénéfice de l’Agoa. Les syndicats avancent le chiffre de 3 000 suppressions d’emplois à la suite de cette sortie de l’Agoa, le gouvernement, lui, en évoque 1 800. Il faut savoir qu’à son apogée en 2004, l’industrie du textile du Swaziland, dominée par les investisseurs taïwanais, employait 30 000 travailleurs, selon un rapport de la Fédération du coton africain et des industries textiles datant de 2010. De quoi faire dire à ladite Fédération qu’une extension de l’accord de l’Agoa était « décisive pour la survie du textile au Swaziland ».

Il ne faut en effet pas oublier que le programme commercial de l’Agoa offre aux pays subsahariens un accès en franchise de droits au marché américain si les pays bénéficiaires ont rempli les conditions d’éligibilité établies par le Congrès. Un sacré avantage...

Les critères exigés tournent autour des progrès réalisés en matière de pluralisme politique, d’État de droit, d’économie du marché, de mise en place d’un système efficace pour combattre la corruption et les pots-de-vin ainsi que de politiques économiques pour réduire la pauvreté.

En la matière, la Gambie a gagné des points avec l’arrivée au pouvoir d’Adama Barrow, élu démocratiquement, même si le départ de Yahya Jammeh a été un peu chaotique. Voilà donc un pays qui revient dans le giron de l’Agoa qu’il avait quitté en 2015 à cause des abus en matière de droits de l’homme et de la détérioration de l’État de droit. « Après les élections démocratiques de décembre 2016 qui se sont soldées par la défaite du président Yahya Jammeh, la Gambie a fait des progrès dans le renforcement de l’État de droit en améliorant la situation des droits de l’homme et en soutenant le pluralisme politique, indique la déclaration », a noté le Bureau américain du commerce, justifiant sa décision. L’ambassadrice des États-Unis en Gambie, Patricia Alsup, a ainsi déclaré : « Félicitations au gouvernement de la Gambie pour ces réalisations marquantes. Ce sont là des réalisations majeures qui témoignent des progrès que la Gambie a faits depuis la transition avec gouvernement du président Adama Barrow. Je suis impatiente de travailler avec le gouvernement gambien et la population gambienne pour veiller à ce que ces programmes accordent des améliorations attendues au développement de ce pays. »

Washington maintient la pression sur les pays d’Afrique de l’Est

À l’opposé de ce discours avenant, Washington continue de maintenir la pression sur le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda et d’autres pays d’Afrique de l’Est. En cause : l’engagement qu’ils ont pris d’interdire l’importation de vêtements et de chaussures de seconde main d’ici 2019 arguant du fait que cela mettait en péril les industries de textile de la région.

Pour les États-Unis, cette décision contrevient aux engagements pris dans le cadre de l’Agoa, notamment celui d’éliminer les barrières douanières concernant la partie US. « Les critères sont très clairs sur la restriction d’importation des produits américains », a expliqué Constance Hamilton, représentante économique pour la Maison-Blanche citée par l’AFP à Lomé en août dernier. Une telle restriction mettrait 40 000 emplois américains en danger, a-t-elle prévenu. Dans tous les cas, la Secondary Materials and Recycled Textiles Association ( Smart ), qui regroupe les acteurs américains du commerce de textiles de seconde main, a aussitôt déposé une plainte. C’est dans ce cadre que le bureau du représentant américain au Commerce a lancé en juin 2017 une procédure « hors cycle » d’examen de l’éligibilité de l’Ouganda, du Rwanda et de la Tanzanie, du Burundi et du Soudan du Sud à l’Agoa.

Le Kenya ayant abandonné le projet d’interdire les fripes, le pays est pour l’instant épargné par Washington. Actuellement, plus de 66 000 emplois au Kenya sont liés à l’Agoa, ce qui a fait gagner au pays 35,2 milliards de shillings kényans (environ 341 millions de dollars) en exportations de textiles et de vêtements en 2016.

Questions sur l’avenir de l’Agoa avec le slogan « America First » de Trump

Le programme America First de Trump l’a déjà vu se retirer du Partenariat transpacifique (TPP), menacer l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) et chercher à renégocier l’accord de libre-échange États-Unis-Corée du Sud. À l’heure actuelle, on ne sait pas avec certitude si les États-Unis retireront, suspendront ou limiteront l’Agoa avant son expiration en 2025, date arrêtée sous Obama. Il faut toutefois rappeler que les importations américaines en provenance de l’Afrique subsaharienne ont fortement diminué ces dernières années (18,7 milliards de dollars en 2015 contre 26,8 milliards de dollars en 2014, soit une baisse de 30 %). Elles ne représentaient que 0,8 % des importations totales des États-Unis en provenance du monde.

Afrique.lepoint.fr/



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