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Idriss Aberkane : « Les cryptomonnaies font trembler le dollar américain »
19 février 2018
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ANALYSE - Pourquoi la Russie lance-t-elle sa propre monnaie virtuelle, le cryptorouble ? Idriss Aberkane décrypte les ressorts et les atouts des cryptomonnaies, qui en plus d’être plus fiables que le papier, pourraient servir de réserves de valeur alternatives au dollar.

Idriss Aberkane est éditorialiste, essayiste et a donné de nombreuses conférences sur l’économie de la connaissance et les neurosciences. Il est l’auteur de Libérez votre cerveau ! (éd. Robert Laffont, 2016).

Le 3 juin 2009 - c’était un mercredi - deux quinquas japonais anonymes sont arrêtés aux abords de Chiasso avec 134,5 milliards de dollars en bons du trésor, soit les budgets annuels de la défense, de la recherche, de l’enseignement scolaire et supérieur de la République Française dans une seule valise. Trois mois plus tard, le vendredi 18 septembre 2009, la Guardia di Finanza interpelle deux porteurs de 180 milliards, toujours en bons US. En février 2012, par l’Opération Vulcanica, les autorités suisses et italiennes saisissent le record de 6 000 milliards de bons contrefaits en dollars dans un coffre zurichois… c’est le Comte de Monte Cristo qui rencontre le capitaine Haddock, le tout sur velin filigrané d’”excellente qualité” selon un colonel de la police financière comasque.

Mais qu’est-ce qu’une monnaie ? C’est avant tout un bon d’achat. Lorsque les États-Unis se procurent des matières premières dans le monde, ils les payent en bons d’achats valables dans leur boutique, qui est la première économie sur terre, parce que la totalité des commodités du globe s’échangent encore en dollars aujourd’hui. Ce “privilège exorbitant” selon l’expression de Valéry Giscard d’Estaing fera dire à De Gaulle que les États-Unis peuvent “s’endetter gratuitement, car leur dette, ils peuvent la rembourser, tout au moins en partie, en dollars, qu’il ne tient qu’à eux d’émettre”.

Qu’est-ce qu’un billet ou un bon ? C’est avant tout un numéro de série, porté par un dispositif qui doit garantir deux choses : l’identité et la sécurité. L’identité est celle de l’émetteur, défendue par la sécurité : filigrane, hologramme, polymère, et en dernier recours, le numéro lui-même. Le génie de la cryptomonnaie - comme le bitcoin - tient à ne garder que le numéro de série, et d’en garantir la sécurité mathématiquement, par un dispositif appelé blockchain, plus puissant que les hologrammes, les filigranes, les polymères ou les traceurs radioactifs. La blockchain interdit l’existence du même numéro de série en double, et il est infiniment plus difficile de la prendre en défaut que de contrefaire un billet, un bon ou un passeport.

Or les BRICS rêvent d’une monnaie de réserve alternative au dollar. Dmitri Medvedev en avait proposé une au sommet du G8 de l’Aquila, qui devait se baser sur l’or et les droits de tirage spéciaux du FMI, et ce la même année que l’affaire de Chiasso, mais aussi que la naissance du réseau Bitcoin, la première cryptodevise d’envergure mondiale, dont le principe dépasse or et droits de tirage réunis. Aujourd’hui, un bitcoin vaut 5 700 dollars contre 1 300 pour une once du métal jaune, ce qui est normal : si les mathématiques valaient moins que l’or ou le pétrole, Google et Facebook n’écraseraient pas Total en bourse. En 2017, les Israéliens ont prototypé par la cryptodevise un vieux rêve de Keynes, appelé Bancor, qu’ils ont frappée eux-mêmes au coin de la blockchain.

Mais la plupart des nations ne savent pas encore si elles doivent bénir ou maudire les cryptodevises. L’Estonie, alors présidente de l’Union Européenne et hôte du sommet européen de la cybersécurité auquel participaient Macron, Merkel et Junker, a annoncé le lancement de sa cryptomonnaie. Il est donc normal que la Russie, dont l’économie est cependant adossée moins sur les maths - encore que le plus grand mathématicien vivant est le russe Grigori Perelman - que sur les plus immenses réserves de matière premières au monde, lance elle aussi une “cryptorouble”, imprimée sur blockchain plutôt que sur papier fili-poly-holographié. Certes la Chine, elle, a interdit Bitcoin et Ethereum, qui sont aux cryptos ce que le florin et l’écu furent à la Renaissance, mais “si la Chine l’interdit, c’est le moment d’investir” disent les spécialistes. De même qu’on ne peut interdire Internet, on ne peut interdire la blockchain. En banalisant la monnaie classique cependant, elle annonce certainement les contractions d’un nouvel ordre monétaire mondial.

Idriss Aberkane
Lefigaro.fr/



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