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« Le CNPE n’est pas un organe de trop…mais un Think tank pour traiter les problématiques de développement », Marc Amand, Expert en intelligence économique
26 mai 2018
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Dans cette interview accordée à fratmat.info, l’expert en veille stratégique et intelligence économique, Marc Amand, relève l’importance de la mise en place en Côte d’Ivoire du Conseil national de politique économique (Cnpe). Pour lui, cet autre organe de l’Etat est censé fédérer et traiter les problématiques du développement, de la croissance inclusive et apporter de la valeur ajoutée. Ce Conseil s’inscrit dans la même vision qu’un Forum des Associations Africaines d’Intelligence Économique créée récemment à l’occasion d’une rencontre africaine au Maroc. Un forum qui selon lui viendra appuyer les démarches nationales d’Intelligence Économique.

Vous êtes Marc Amand, expert international en veille stratégique et intelligence économique, enseignant dans votre domaine en Master au Cerap (Centre de Recherche d’Action pour la Paix), aussi en cycle supérieur à l’Ena (Ecole Normale Administrative) et consultant dans plusieurs institutions pour ne citer que ceux-là. Comment peut-on définir la veille stratégique et l’intelligence économique ?

La veille stratégique, c’est un dispositif coordonné qui permet de collecter, de traiter, de diffuser l’information utile à la prise de décision dans un environnement sécurisé. Deux finalités : accroitre les opportunités, réduire les risques. Je m’explique, vous êtes une coopérative de mangues à Korhogo, vous voulez écouler vos produits, vous devez collecter l’information pour savoir où sont les marchés, comment faire pour y accéder. Ensuite traiter cette information en la qualifiant et l’enrichissant, et enfin, diffuser l’information (votre produit) à travers le circuit approprié, que le résultat de votre quête d’information stratégique vous aura indiqué. Passez par la route, cela mettra trois jours, passez par le port, c’est autre chose. Par la route, des camions peuvent venir chargés et repartir avec les mangues, etc. donc c’est un outil d’aide à la décision. L’intelligence économique c’est cette surveillance permanente plus la capacité d’influencer en disant par exemple qu’aujourd’hui c’est trop long le système, on peut faire court, donc on va agir sur le cadre juridique et règlementaire pour faciliter le commerce interafricain et favoriser la dynamique d’exportation en adéquation avec nos ambitions d’industrialisation et de numérisation de notre économie.

Vous êtes par ailleurs président d’un Think Tank dénommé Vip. C’est quoi le Vip ? Quelles sont ses actions ?

Le Think tank, Vip, pour Vigilances, Intelligences et Prospective, est une émanation de la devise de la Côte d’Ivoire. Nous avons, dans l’essence et les fondements de notre pays, l’union, la discipline et le travail. C’est-à-dire, rassembler nos forces, avec méthode, pour les projeter vers un futur souhaité, possible, réalisable. C’est le sens du Think tank Vip. Veiller, se mettre ensemble, pour se projeter en nous appuyant sur nos documents cadres, notamment « l’Etude Nationale Prospective Côte d’Ivoire 2040 » et le « Pnd 2016-2020 ».

Les pères fondateurs l’ont pensé, nous marchons dans leurs pas. C’est également l’esprit de « la route de Daklha », formule consacrée par le Professeur Driss Guerraoui, Président de l’Université Ouverte de Daklha au Maroc, invitant l’Afrique unie dans sa diversité, à ce que j’appellerai, un leap frog collectif. Un sursaut ou bond qualitatif.

Ainsi, le Think tank Vip a vocation de travailler sur les politiques publiques, afin de proposer, grâce à sa pratique permanente du terrain, des champs possibles à explorer et expérimenter au niveau de la plus petite entité territoriale. Du coup, industrialisation du tissu économique, intelligence territoriale, gouvernance publique, foncier rural, diplomatie économique, coopération sud-sud,…sont des champs que nous revisitons avec l’ensemble des parties prenantes. Un modèle organisationnel agile et hybride, nous permet de confronter les concepts aux réalités culturelles et spécifiques à chaque acteur et entité.

Le D, au-dessus de Vip, c’est disruptif. La connaissance comme instrument de pilotage. C’est pour cela que nous associons à cette initiative, tous ceux qui aiment la Côte d’Ivoire et l’Afrique en général, afin que chacun apporte sa contribution et qu’ensemble, nous construisons une Afrique prospère et sécurisée.

Et dans le cadre des activités de Vip, vous vous êtes rendu au Maroc pour une rencontre africaine sur l’intelligence économique. De quoi était-il question ? Quelles sont les mesures qui y ont été arrêtées ?

Une convention inédite a été signée à Dakhla entre 7 pays, instituant le Forum des Associations Africaines d’Intelligence Economique (Faaie). Le Faaie est une association internationale dont le siège se situe à Dakhla. La Cote d’Ivoire était représentée par le Think tank Vip, que je préside. 23 pays étaient présents à ce rdv.

Nous avons réfléchi au sens à donner A l’intelligence économique en Afrique, depuis son articulation juridique jusqu’aux effets de son action sur les populations. Après avoir partagés la vingtaine d’expérience au niveau des différents pays, il a été décidé d’utiliser l’information, nos réseaux et relais pour créer un monde plus intéressant pour nous, pour nos enfants en matière de lutte contre la pauvreté, de promotion de la dignité humaine, de construction d’ensembles régionaux plus homogènes favorables aux affaires, de renforcement et intégration opérationnelle du facteur sécuritaire, de gestion de l’abondance…etc. L’idée est de constituer une Task force pour agir sur les leviers du développement africain et faire face à tous les enjeux qui nous concernent. Car oui, c’est bien l’Afrique et l’ensemble de ses ressources qui sont l’avenir du monde.

Comment vos actions coordonnées peuvent agir dans les pays respectifs c’est-à-dire la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, l’Algérie, etc. Comment comptez-vous implémenter vos idées ?

En réalité chaque pays à un actif spécifique, un avantage concurrentiel. Le Faaie souhaite créer un cercle vertueux de croissance en travaillant sur les avantages concurrentiels en termes de compétition et de coopération. Exemple, le cacao, le café, l’anacarde , etc., de Côte d’Ivoire, doivent bénéficier de tous les débouchés possibles et se hisser aux standards internationaux, pareil pour le café ougandais, le thé kenyan…Pour cela, il faut une vision stratégique de nos Etats, une approche réseau telle que l’Université ouverte de Daklha nous propose, à travers le Faaie ; afin que nos agriculteurs ici, par exemple, puissent s’insérer dans la chaîne de valeur mondiale et l’émulation aidant, innover dans leurs pratiques et leurs productions. L’idée est aussi de créer une communauté de pratiques sur tous les champs relevant de l’information utile à la prise de décision, des points de vue offensifs et défensifs. En effet, dans un contexte de libre échange et de globalisation, il s’agit d’être plus agiles et créer des fenêtres d’opportunité partout en Afrique et au-delà. En outre, le Roi du Maroc, que Dieu l’assiste, sous le Haut Patronage duquel se tenait cette rencontre, a instamment invité l’ensemble des dirigeants Africains à intégrer les nouveaux paradigmes des relations économiques internationales devenues asymétriques, et se doter de toute la force de l’intelligence économique. Cela commence par la sensibilisation des dirigeants et l’exploration de nouveaux champs telles que l’intelligence juridique au service de la stratégie.

Dans l’une de vos interventions au Maroc vous avez salué la mise en place du Conseil national de politique économique en Côte d’Ivoire (Cnpe). En quoi est-ce que cet instrument pourra être bénéfique pour les populations ivoiriennes ? Pour que les fruits de la croissance puissent se ressentir dans les ménages ? Aujourd’hui l’on parle de la cherté de la vie et autre.

Effectivement, en présentant les pratiques d’intelligence économique en Côte d’Ivoire, j’ai mentionné la création du Conseil National de Politique Economique. Ancré institutionnellement à la Présidence, ce centre d’analyse stratégique et d’intelligence économique, a entre autres missions, de coordonner toutes les initiatives en matière d’intelligence économique mais aussi de les renforcer. C’est donc un organe d’anticipation en termes d’opportunités et de gestion de risques, dans son essence. Coordonner l’information stratégique signifie une posture, une démarche et des actions réseaux. Quand on parle de politiques économiques, on parle de compétitivité du tissu industriel, de sécurité économique et de débouchés commerciaux. Ce ne sont pas des paroles en l’air, car il est question de pénétration et d’interpénétration de pays, de marchés.

Le Cnpe s’il joue pleinement son rôle de coordination de l’information utile, de courroi de transmission, et se positionne en développeur ; il nous transpose indubitablement vers la liberté d’action que nous appelons si chèrement de nos vœux et que nous nommons émergence. Oui, j’ose croire que, nous avons affaire à un Etat stratège, dont le tempo n’est pas guidé par la dictature du court terme. Un Etat qui sait concentrer ses forces et économiser ses moyens pour atteindre ses objectifs. En Côte d’Ivoire, la pratique de la veille stratégique est déjà répandue dans plusieurs instances publiques. Le Conseil National de Sécurité et son émanation territoriale, les conseils régionaux de sécurité, le Mécanisme d’Alertes précoces de la Primature, le Mécanisme Institutionnel de Veille Stratégique porté par le Bureau National de Prospective et de Veille Stratégique du Ministère du Plan, les attributions en matière de diplomatie économique des Affaires étrangères et les pratiques d’intelligence économique afférentes, le Réseau National d’Information Commerciale du Ministère du Commerce, le Réseau des Points Focaux du Comité de Concertation Etat-Secteur Privé, la direction de la Veille Stratégique de l’Ena, la veille et l’intelligence économique au Cerap, etc. L’idée c’est de fédérer toutes ses initiatives. A partir du moment où tu as mis ensemble toutes les forces vives autour d’un projet commun, d’un ancrage territorial affirmé, tu te connectes aux forces extérieures, pour un enrichissement mutuel et une fertilisation croisée. Désormais les associations de femmes, les coopératives, les producteurs, les industriels et fournisseurs de services qui sont à Agboville, Bouaké, Adiaké, Man, Korogho, Katiola ou à Divo par exemple, ont des informations et des débouchés en temps réel. Un accès à la bonne information est établi afin d’agir. Les coûts des facteurs s’en trouvent donc impactés. C’est aussi le sens de l’intelligence, le partage. Enfin, coordonner l’intelligence économique, c’est anticiper aussi sur tous types de risques, pour ne pas les subir. En l’occurrence, les risques liés à l’investissement. Des investisseurs indélicats comme on en a vu récemment en Côte d’Ivoire, quand on pratique et coordonne l’intelligence économique à l’échelle d’un pays, sont identifiés et mis hors d’état de nuire, parce que justement l’on veille et que l’on fait du renseignement économique. Détecter les signaux faibles, c’est une des missions de l’intelligence économique.

Pour vous le Cnpe est un outil qui aidera à rapprocher la richesse des populations rurales et par ricochet à lutter efficacement contre la pauvreté ?

Etant entendu ce que nous venons de mentionner, nous ne pouvons que saluer l’avènement du Cnpe qui n’est pas un organe de trop, mais plutôt un Think tank institutionnel qui est censé fédérer et traiter les problématiques du développement humain, de la croissance inclusive, de l’intégration de nos économies et de nos forces sécuritaires ; en créant un espace d’échange entre l’administration publique, le secteur privé et la société civile. Oui, les résultats et produits d’un organe de ce type, devraient apporter une valeur ajoutée dans le cadre de notre projet commun matérialisé par les 5 axes du Pnd. Le déséquilibre au niveau des territoires, que vous évoquez, devrait être pris en compte.

Interview réalisée par Edouard Koudou
edouard.Koudou@fratmat.info



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