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Financement des entreprises : la garantie est accessoire au crédit, Dixit Martial Goeh-Akue, président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF), DG de Orabank Burkina Faso.
20 novembre 2018
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Du 8 au 11 novembre 2018, se tient à Bobo-Dioulasso le salon des Banques et PME-PMI de l’Uemoa. Une rencontre qui se tient au moment où les petites et moyennes entreprises sont à la recherche de mécanisme de financement à des taux avantageux. Quels sont les opportunités de financement des PME-PMI ? Le taux de crédit au Burkina Faso est-il plus bas ou plus élevé dans l’Union ? Martial GOEH-AKUE, président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF), Directeur Général de Orabank Burkina Faso, répond à ces questions dans cette interview avec L’Economiste du Faso.

L’Economiste du Faso : L’APBEF-BF s’est agrandi d’un nouveau membre, il y a-t-il toujours de la place dans le secteur ? Avec un taux de bancarisation qui reste à optimiser ?

Martial Goeh-Akue, président de l’APBEF, DG de Orabank Burkina Faso : Justement oui.
Le taux de bancarisation strict qui mesure l’utilisation des services financiers offerts par les acteurs financiers classiques a enregistré une progression en passant de 19,9% en 2015 à 22,0% en 2016, soit une amélioration d’environ deux points de pourcentage. Ce taux est supérieur de 6 points à la moyenne de l’UEMOA.
Le taux de bancarisation élargi qui reflète la contribution du secteur bancaire et des SFD s’est également amélioré de 2,2 points de pourcentage, pour se situer à 40% en 2016. Ceci prouve que le secteur financier du pays progresse en matière d’inclusion financière même si des efforts sont attendus de tous les acteurs pour son renforcement.
L’arrivée de nouvelles banques que nous saluons au sein de la profession bancaire confirme la bonne santé et surtout les bonnes perspectives de l’économie du Burkina.
Pour l’ensemble de l’année 2018, il est projeté́ une accélération du rythme de la croissance économique avec de meilleures projections pour 2019.
Cette croissance est portée par le secteur primaire, mais on voit de plus en plus dans notre pays le secteur secondaire (les industries) qui se développe avec un appui du secteur tertiaire (commerce et transport). C’est un encouragement à poursuivre les efforts de transformation économiques et les reformes en cours.
En plus de la progression du taux de croissance économique, les encours de crédits à la clientèle ont augmenté de 7,6% (+187,8 milliards) en glissement annuel et de 2,9% (+76,5 milliards) sur trois mois pour s›établir à 2.663,0 milliards à fin juin 2018. L’analyse par terme fait ressortir la prépondérance des concours à moyen terme (46,6%) et à court terme (41,0%) ainsi que la faiblesse des crédits à long terme (2,7%).
Les ressources mobilisées par le système bancaire ont atteint 4.065,0 milliards à fin juin 2018, soit une croissance de 549,0 milliards (+15,6%) sur une année.
Nous sommes donc dans une économie qui émerge avec de nouveaux secteurs qui apparaissent. C’est une économie avec des grappes sectorielles de tête. Nous avons le coton, les mines, les hydrocarbures avec un secteur agricole qui se restructure avec de réelles possibilités de financement de l’agro-industrie au Burkina. L’économie du Burkina Faso est la 3e économie du Burkina, derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal ne l’oublions pas.

Sur ce constat quel rôle peut-on attribuer à vous banquier ?

Stratégique et porteuse d’avenir, l’industrie bancaire distribue le carburant de l’économie du Burkina pour alimenter la croissance et favoriser l’emploi. Elle contribue substantiellement au financement de l’économie pour les particuliers comme pour les entreprises, développe de nouveaux segments de marchés, se digitalise.
Les établissements de crédit installés au Burkina Faso sont conquérants pour garantir le financement de l’économie, l’innovation, mais aussi la formation professionnelle.
Des avancées notables ont été réalisées en 2018 en matière de la relation banque-entreprise, d’inclusion financière et de financement du détail. Nos banques financent l’habitat social, le crédit à la consommation, respectent la règlementation et sont des acteurs digitaux.
Elles sont, par leurs investissements, leurs innovations les chefs de file naturels de la filière numérique financière. Le digital accélère les usages et transforme la relation client mais sans en changer les fondements qui caractérisent depuis toujours notre modèle : la proximité, la confiance et la sécurité.
La solidité de notre secteur bancaire constitue un atout face aux défis à relever pour la transformation de l’économie du Burkina et son financement inclusif. Sans banques solides, il n’y a pas de croissance économique durable.
Nous avons un secteur bancaire qui finance aussi bien les grandes industries que les petites et moyennes entreprises, mais qui financent aussi l’habitat social. De nombreux programmes immobiliers sont financés par les banques que ce soit en amont ou en aval. Nous finançons aussi bien les projets immobiliers que les acquéreurs de ces biens immobiliers.
Dans notre environnement en pleine transformation, la croissance ne se décrète pas, elle ne s’attend pas ; elle se favorise, s’entretient, se provoque. A cet égard, le PNDES affiche une vision, une ambition pour donner confiance en l’avenir. Les établissements de crédit regroupés au sein de l’APBEF, restent mobilisés pour la mise en œuvre du PNDES aussi bien en termes de financement que de conseils pour les montages sophistiqués de dossiers structurants. Au niveau de la profession bancaire, notre crédo est très simple : « Participer à une croissance inclusive de l’économie ».
C’est justement pour cela que nous avons organisé le 30 octobre 2018 la journée sur l’inclusion financière avec à nos côtés les professionnelles de la microfinance et des assurances. Ensemble, nous avons réfléchi et mis à place les mécanismes d’un réel financement à la base, une des clé de la croissance inclusive.

Aujourd’hui comment est composé le portefeuille des banques, principalement de grosses entreprises, des PME et les ménages ?

Les banques financent aussi bien les grandes entreprises, les PME, les particuliers, les ménages de tous les secteurs d’activité.
Le développement et le financement des PME apparaissent comme des leviers majeurs de développement économique. Les PME se sont imposées dans toutes les économies modernes comme un des principaux vecteurs de la croissance et de la création d’emplois.
La PME a besoin d’un environnement global incitatif et cohérent avec notamment une offre de financement adaptée.
Mais, les banques doivent également contribuer à l’expansion du financement des activités génératrices de revenu comme par exemple le financement de la dame qui a besoin d’un micro-crédit. Et ce mode de financement, nous ne savons pas bien le faire.
Nous ne sommes pas équipées pour bien le faire par exemple dans le village le plus éloigné du Burkina Faso.
A l’APBEF-BF, nous disons que puisque nous ne pouvons pas y aller directement, nous allons mettre en place des relais afin que les banques puissent financer de manière inclusive l’ensemble des populations.

Du coup les microentreprises, c’est une niche potentielle pour vous ?
C’est une niche porteuse, pas seulement pour la banque mais surtout pour le développement à la base.

Est-ce que le crédit est moins cher au Burkina qu’ailleurs ?

Je vais être honnête avec vous. La question du prix du crédit ne sera pas simple à répondre. Je peux vous dire par expérience qu’au Burkina Faso, nous avons globalement les taux les plus bas de l’Union. Ici nous avons les particuliers que nous finançons en moyenne à 7%. Nous avons les grandes entreprises que nous finançons à des taux intéressants ; nous avons également des PME que nous finançons également à des taux intéressants.
Le taux du crédit aujourd’hui est libre et négociable. Les banques sont des intermédiaires financiers entre les offreurs et les demandeurs de capitaux ; et qui prennent des risques de financement dans un environnement de plus en plus contraignant. Le taux du crédit est fonction de tous ces paramètres notamment du niveau du risque et du profil du risque du client.

Quelles sont les types de garanties que vous demandez généralement aux PME/PMI ? Sont-elles handicapantes pour les entreprises ?

La garantie est accessoire au crédit. Ce n’est pas parce que vous apportez un immeuble qui vaut 10 millions de F CFA que la banque vous prêtera 10 millions. Est-ce que l’activité pour laquelle vous demandez le crédit va générer assez de flux pour rembourser votre crédit ? C’est la question clé. Comment évolue la rentabilité de l’entreprise, quels sont les revenus générés, quelle est la trésorerie dégagée, l’entreprise est-elle solvable ? Le financement demandé est-il adapté ?…ensuite le banquier étudie la garantie proposée.
Vous voyez donc que la garantie est accessoire au crédit. Même si nous avons un taux de dégradation du portefeuille qui est en baisse au Burkina, grâce à l’effort de provisionnement des banques, nous avons encore des crédits impayés dans nos banques. Nous devons donc nous assurer que la situation change, qu’il y ait moins de crédits impayés dans les banque, c’est ce qui nous permettra d’améliorer encore plus le taux du crédit.

Ces derniers temps, on parle de ralentissement de l’économie, êtes-vous de cet avis, vu que vous êtes au carrefour de l’activité économique ?

Je suis de nature optimiste et ne partage pas le pessimisme sur le ralentissement prononcé de l’économie du Burkina Faso. Certes, des difficultés réelles existent. Le Burkina Faso, tout comme les autres pays de l’UEMOA, doit aujourd’hui relever un défi majeur d’accélération de la croissance et de diversification des sources de cette croissance. Dans une économie mondiale ouverte, une compétitivité accrue représente le seul levier pour le Burkina Faso de relever ce défi. Notre référentiel actuel, le PNDES constitue à notre avis une stratégie gagnante pour la transformation de l’économie.
Sur le plan macroéconomique, nous sommes la 3e économie de l’Union. Il nous revient à nous, opérateurs économiques, particuliers, ménages, de faire confiance à notre pays. Quelles que soit les difficultés de l’environnement et les contraintes, nous devons chacun à son niveau activement participé à l’effort.
Nous avons en face un Etat qui joue son rôle régalien, qui s’assure que les fondamentaux soient respectés, qui jugule le taux d’inflation, qui prend des mesures pour optimiser les recettes de l’Etat au niveau des douanes et des impôts, malgré les difficultés, les nouveaux risques et la demande sociale.
Dans un monde où la concurrence devient globale et où la technologie évolue très vite, les règles du jeu qui déterminent la compétitivité sont changées. La compétitivité est maintenant basée sur la productivité, ou sur l’aptitude d’une nation à générer une production élevée et en constante augmentation à partir de chaque jour de travail et de chaque unité de capital investi.
Un autre élément, c’est l’engouement du marché financier régional pour la souscription des emprunts obligataires de l’Etat du Burkina Faso.
Si nous rêvons ensemble, nous pouvons faire émerger l’économie du Burkina Faso.

Vous venez de passer aux normes de Bâle II et III. Une nouvelle démarche pour un renforcement du système financier. Ces normes sont-elles un impact direct sur les crédits octroyés ?

Depuis le 1er janvier 2018, le Plan comptable bancaire révisé et les dispositifs de Bale II et III sont en vigueur dans l’Union.
Tous les établissements de crédit du Burkina, après des mois de préparation, ont passé avec succès ce cap.
Ces nouvelles règles ont pour objectif d’atténuer les risques systémiques et de renforcer la stabilité du système bancaire tout en promouvant le financement des PME.
Conséquemment, les meilleures pratiques et règles de gouvernance sont de mise avec une meilleure analyse et une gestion plus rapprochée des risques.

Entretien réalisé par AT et NK

L’introduction en bourse de Oragroup

« L’opération en cours est une ouverture à la bourse. Près de 57 milliards de FCFA, soit 20% des actions mis à la vente. L’opération a commencé le 29 octobre et qui se passe très bien. Oragroup progresse très bien dans la sous-région nous sommes dans 12 pays aujourd’hui (Burkina Faso, Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau, Guinée Conakry, Mauritanie, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo). Nous avons une croissance exponentielle. Nous avons gagné le prix de la meilleure banque de la sous-région, et le prix de la meilleure banque au Burkina. Nous sommes encore nominés cette année et on espère que l’on gagnera le prix cette année encore. C’est un groupe avec des ambitions panafricaines et qui se développe ».
Notons qu’au 31 décembre 2017, Oragroup c’est 12 pays, 139 agences et 1.811 employés et 142 DAB/GAB.

Leconomistedufaso.bf/



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