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Tunisie : Qu’est en train de faire BNP Paribas, et pourquoi ce silence du CMF ?
15 mars 2019
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La française BNP Paribas n’a plus confiance en la Tunisie et s’en va. C’est en tout cas ce qui ressort de la lettre envoyée par l’actionnaire majoritaire (50,08 %) chez l’UBCI à ses employés et aussi au CMF, dont un émissaire était allé le rencontrer, pour lui parler de ce qui avait été appelé « une réflexion stratégique sur la participation de BNP Paribas au capital de l’UBCI ». Selon le site français « Statista », l’UBCI, filiale du groupe BNP Paribas est, pourtant classée 5ème devant les filiales de la Cote d’Ivoire, du Bahreïn, du Sénégal, des Emirats, du Burkina et du Qatar, où la BNP fait nettement moins de bénéfices. Ce n’est pas, en principe, une banque où on décide de se désengager.

La française BNP Paribas n’a plus confiance en la Tunisie et s’en va. C’est en tout cas ce qui ressort de la lettre envoyée par l’actionnaire majoritaire (50,08 %) chez l’UBCI à ses employés et aussi au CMF, dont un émissaire était allé le rencontrer, pour lui parler de ce qui avait été appelé « une réflexion stratégique sur la participation de BNP Paribas au capital de l’UBCI ». Dès le 21 janvier 2019, Africanmanager essayait d’entrer en contact, par mail et via téléphone personnel, avec cet émissaire, le Français Michel Vial. Il ne répondra jamais, même au message vocal laissé sur son téléphone. Suivront ensuite les informations, non démenties par la direction de l’UBCI en Tunisie, faisant état de discussions à Paris, entre la banque française et un possible repreneur identifié comme étant la Jordanienne Arab Bank. Nous avions aussi contacté, par téléphone, la banque tunisienne qui n’a voulu ni confirmer ni démentir toute l’affaire. Nous savons qu’en écrivant cet article, nous risquons fort de nous faire taper, financièrement, sur les doigts, l’UBCI étant l’un de nos annonceurs. Nous prenons le risque.

Une banque pourtant bénéficiaire et bien classée parmi ses filiales

L’UBCI n’est pourtant pas la plus mauvaise des banques étrangères en Tunisie. En 2017, elle réalisait un résultat net de plus de 40, MDT après un PEB de presque 300 MDT et un PNB de plus de 200 MDT. Outre sa part des bénéfices, la banque mère française prélevait aussi d’importantes commissions au titre de conventions d’assistance, contre lesquelles la justice tunisienne et la BCT avaient fini par sévir en les annulant. Et même le Fisc tunisien a été de la partie.

Selon le site français « Statista » (Ndlr : Chiffres en M€), l’UBCI est aussi loin d’être la plus mauvaise des filiales du groupe BNP Paribas, et qui la classe 5ème devant la Cote d’Ivoire, le Bahreïn, le Sénégal, les Emirats, le Burkina et le Qatar, où la BNP fait nettement moins de bénéfices. Ce n’est pas, en principe, une banque où on décide de se désengager.

Au final et après le départ de la Banque Populaire du capital de la BTK, force est de remarquer que ce repli programmé de la BNP Paribas ne peut être interprété que comme le signal d’un manque de confiance du système financier français dans les perspectives de la Tunisie. D’autres iront certainement jusqu’à dire que la France se démobilise envers la Tunisie et son économie, et certains parmi les nationalistes de tous bords s’en féliciteront peut-être. Dans tous les cas, c’est loin d’être un signal positif pour l’économie tunisienne !

Le silence de l’UBCI, In et Outdoor

Il est vrai que BNP Paribas n’a pas été d’une clarté exemplaire dans son communiqué. Il y parle de « réflexion stratégique » et de « partenaires possibles, permettant à l’UBCI de mettre en œuvre son potentiel ». Ledit communiqué, tarabiscoté à souhait, ne parle pas de se désengager, mais de recherche de partenaire, comprenez autre que BNP, pour son actuelle filiale. On se demanderait alors comment le CMF (Conseil du Marché financier, qui est l’autorité du marché boursier où l’UBCI est cotée) pourrait-il le comprendre autrement et ne pas exiger un communiqué clair et précis.

« L’information publique de BNP Paribas IRB Participations, communiquée à travers BNP Paribas, risque de créer à l’UBCI un mouvement de panique au niveau des épargnants tunisiens, des clients et du personnel », a fait remarquer un actionnaire tunisien au CMF qui demande d’informer le public du développement de la situation. Pendant la seule journée du 14 mars 2019, le papier UBCI à la BVMT dégraissait de 3 %. Que faut-il de plus, au marché de la bourse, pour au moins demander des éclaircissements à la banque française et pourquoi pas même suspendre la cotation de l’UBCI et protéger l’épargnant local, comme il s’en vante ?

Chez l’UBCI, et alors que des médias locaux évoquent même des noms de possibles repreneurs de la banque, Pierre Bérégovoy ne dit mot, même pas pour démentir et calmer un marché qui pourrait connaitre quelques manipulations. L’article 4 de la loi 94/117 est pourtant clair : « A la demande du Conseil du Marché Financier, lesdites sociétés doivent procéder à la diffusion de ces informations ou toute explication supplémentaire exigée par le Conseil du Marché Financier par communiqués ». BNP Paribas s’est pourtant contentée d’un vague communiqué ! Certains actionnaires tunisiens sont actuellement en justice contre la banque tunisienne. Ne feraient-ils pas partie de ceux dont le CMF devrait défendre les droits ?

Cela, si on ne tient pas compte du danger d’une telle « réflexion », pour une banque dont le système d’information est propriété de BNP Paribas et pour laquelle le changement demandera beaucoup de temps.

Une banque cotée en bourse qui se vendrait en catimini ?

Jusqu’à présent, l’UBCI donne l’impression d’être en voie de cession de plus de 50 % de ses actions, en catimini. On ne sait pas si BNP Paribas IRB Participation est au courant de la loi de la bourse qui oblige tout acquéreur d’un bloc d’actions, susceptible de conférer un droit de vote, soit par offre publique soit auprès d’actionnaires déterminés, à présenter un dossier dans ce sens au CMF, qui se prononce compte tenu des intérêts du reste des actionnaires. Le CMF pourrait, comme l’espère plus d’un petit actionnaire tunisien, ordonner une offre d’achat sur le reste du capital, soit sous forme d’OPA, soit en maintien du cours. Informé de tout cela, le CMF s’est jusque-là contenté de répondre que « il n’y a rien qui justifierait l’intervention du CMF de manière anticipative » et que « l’ignorance de la loi ne peut justifier de braver l’interdit ». Une autre banque française, classée entreprise faisant appel public à l’épargne et où l’Etat tunisien est actionnaire, l’avait manifestement fait et la CMF n’y aurait trouvé rien à redire !

par Khaled Boumiza
Africanmanager.com



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