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Le secteur informel, un levier dans le cadre des plans de relance économique post covid-19 (Abdoul Aziz DIENG, Vice Président de la Fédération des CGA de l’UEMOA)
3 juillet 2020

Bien que le continent africain soit relativement épargné par la pandémie du Covid-19 tant par le nombre de contaminés que par le nombre de décès, la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) estime qu’un confinement total d’un mois sur l’ensemble du territoire africain lui coûte environ 2,5% de son PIB annuel, soit environ 65,7 milliards de dollars américains. Les conséquences de cette pandémie sur le continent africain seront de toute façon désastreuses. Le COVID-19 a eu un effet dévastateur dans l’économie informelle où 325 millions de travailleurs gagnent leur vie. Les mesures de confinement ont eu un impact significatif sur leur vie, et sur beaucoup d’entreprises informelles qui risquent de disparaître.

La survenue de la pandémie COVID-19 constitue un choc exogène qui met un coup d’arrêt à la dynamique de croissance au niveau mondial et continental.

Les conséquences économiques du COVID-19 sur les économies africaines comme sur les autres continents touchés par cette pandémie concernent la production, la consommation ou encore les finances publiques sans oublier les emplois

Bien que le continent africain soit relativement épargné par la pandémie du Covid-19 tant par le nombre de contaminés que par le nombre de décès, la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) estime qu’un confinement total d’un mois sur l’ensemble du territoire africain lui coûte environ 2,5% de son PIB annuel, soit environ 65,7 milliards de dollars américains.

Les finances publiques des Etats du continent vont être également affectées par cette pandémie. En effet, le manque de diversification des économies africaines couplé à la faible demande mondiale des matières premières va diminuer les recettes d’exportations des différents pays du continent.

Les mesures de confinement et de quarantaine imposées par les différents gouvernements africains pour empêcher la propagation du virus ont eu pour conséquence une baisse des revenus pour les populations et des suspensions d’activités, donc des pertes de salaires pour les travailleurs, y compris pour le secteur informel qui représente près de 80% des travailleurs du continent, alors que ces derniers ne bénéficient d’aucun filet de sécurité en terme de protection sociale ou d’assurance chômage.

LES PLANS DE RIPOSTE

L’ampleur du choc a poussé tous les pays du monde à se mobiliser pour atténuer les effets immédiats. Des plans d’urgence ont été mis en place en fonction des moyens de chaque Etat. Au Sénégal, le gouvernement a mis en place un Programme de résilience économique (Pres) doté d’un fonds de 1.000 milliards de FCFA, alimenté par l’Etat et des bonnes volontés. Le Pres est décliné en quatre axes :

- Renforcement du secteur de la santé
- Préservation de la stabilité macroéconomique et financière par le soutien au secteur privé et le maintien des emplois
- Approvisionnement régulier du pays en hydrocarbures, produits médicaux, pharmaceutiques et denrées de première nécessité.

En plus de ces soutiens financiers, les Etats ont adopté des mesures de confinement total ou partiel en vue de stopper la progression du Covid-19.

Ces mesures de confinement ont des coûts économiques considérables, notamment la baisse de la demande, le manque de trésorerie des entreprises, la fermeture d’entreprises, la suppression d’emplois, la baisse de la production. Elles menacent des vies et aggravent la pauvreté.

Ces interventions publiques, basées sur une situation ponctuelle, ont permis d’atténuer les effets de la crise et d’éviter un effondrement de l’économie. Toutefois, l’ampleur de la crise combinée à l’étouffement de l’activité économique causé par le confinement montre leurs limites dans l’endiguement des dommages structurels que connaissent nos économies.

Il urge donc de mettre en place des politiques de redressement et de relance de l’économie plus globales et structurelles.

LA RELANCE DE L’ECONOMIE

Les conséquences de cette pandémie sur le continent africain seront de toute façon désastreuses. Le COVID-19 a eu un effet dévastateur dans l’économie informelle où 325 millions de travailleurs gagnent leur vie. Les mesures de confinement ont eu un impact significatif sur leur vie, et sur beaucoup d’entreprises informelles qui risquent de disparaître.

Cependant, il existe des leviers sur lesquels les gouvernements du continent africain peuvent s’appuyer pour endiguer les effets économiques de cette pandémie.

La mesure préalable à tout plan de relance est le déconfinement afin de desserrer l’étau sur l’économie.

La réouverture des activités économiques est d’autant plus souhaitable que les fonds de solidarité mis en place par les États pour soutenir les ménages pauvres, ne suffiront pas pour venir en aide aux couches les plus défavorisées et au secteur informel qui est laissé en rade.

Dans le nouveau rapport intitulé, COVID-19 : Les stratégies de déconfinement de l’Afrique, la CEA propose sept stratégies de déconfinement qui permettront d’assurer une activité économique durable, quoique réduite. Le rapport présente certaines des stratégies de déconfinement proposées et mises en place dans le monde et décrit les risques encourus par les pays africains.

Parallèlement au déconfinement, plusieurs pays commencent à réfléchir à la prochaine phase du redressement ainsi qu’au rôle d’une action publique forte pour stimuler la demande, assurer des revenus de remplacement et promouvoir de nouveaux investissements.

La relance de l’activité économique devra passer nécessairement par une utilisation des forces endogènes comme la structuration du secteur informel et la mobilisation des ressources financières domestiques.

Contrairement aux pays développés, le phénomène de l’informel est très présent en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest. Notre système de production repose en effet sur un écosystème de petits acteurs informels, sur lesquels l’Etat n’a que très peu de visibilité, encore moins de contrôle. Les entreprises individuelles, les entreprises familiales, les autres micro-entreprises, évoluant dans l’agriculture, l’industrie et les services, constituent plus de 97% de notre outil de production. Ils contribuent au PIB pour au moins 40% et à l’emploi, pour au moins 95%. Ces activités sont souvent très faiblement mécanisées, très peu productives, et à fort contenu de main-d’œuvre. Selon l’enquête de l’Agence Nationale Sénégalaise des Statistiques et de la Démographie (ANSD) sur l’emploi et le secteur informel de 2017, le Sénégal compte environ 1,2 million de travailleurs informels évoluant dans l’industrie, le commerce et les services.

En Afrique, l’informel fait face à de nombreuses contraintes, notamment le manque de formation, des infrastructures inadéquates de télécommunication et de transport et, bien sûr, le faible accès à un financement adapté et l’absence de filets de sécurité sociale.

La crise actuelle offre à nos Etats une occasion unique d’obtenir plus de prise sur ces activités pour mieux les inciter à se moderniser et se consolider. Ce qui permettrait à moyen terme d’enclencher la transformation structurelle de nos économies.

L’appui de l’Etat viserait en priorité les petites activités de production et de distribution des denrées de première nécessité, comme par exemple, celles impliquées dans la production et la transformation du riz, de fruits et légumes ou celles évoluant dans la filière du pain, ou encore les producteurs agricoles, maraîchers et avicoles. Ce qui permettrait de booster la production nationale, contenir l’inflation et en même temps soutenir les faibles revenus.

Il faudrait en plus combiner cet appui de l’Etat avec la mise en place d’un dispositif institutionnel permettant de les suivre, en vue de les moderniser, et de pouvoir plus tard élargir la base taxable. Une telle organisation pourrait aussi être à leur avantage car elle pourrait comporter un volet assurance sociale et assurance retraite, selon des modalités applicables au statut de l’entreprenant mis en œuvre dans certains pays comme le Bénin.

Les Centres de Gestion Agréés (CGA), avec l’appui de la CPCCAF, auront un rôle important à jouer dans ce dispositif d’accompagnement. Ils pourront apporter à ces acteurs de l’informel une formation, une assistance en gestion et de l’appui conseil. A condition que les CGA bénéficient, de la part de l’Etat et des partenaires techniques, de tout le soutien nécessaire (logistique, matériel informatique, renforcement de capacités, appui budgétaire pour participer au coût de l’administration de la structure) afin de mener à bien leur mission d’encadrement.

La taille et le dynamisme du secteur informel constituent donc un levier et une locomotive sur lequel nos Etats doivent s’appuyer pour la relance des activités économiques. La modernisation de cette économie informelle, permet à l’Etat de renforcer ses ressources propres à travers l’élargissement de l’assiette fiscale et donc son indépendance financière. Car s’il y’a une leçon à retenir de cette crise, c’est qu’il faut d’abord compter sur soi-même.

Ressources bibliographiques :

- Le Covid 19 et l’économie informelle en Afrique – OIT, le 07 mai 2020
- Le Covid -19 en afrique : Sauver des vies et l’économie – CEA rapport
- Le Covid -19 : Stratégies de déconfinement pour Afrique – CEA rapport
- Covid-19 : Comment le Groupe de la Banque mondiale aide-t-il les pays à faire face à la pandémie ?
- Sauver l’économie informelle face au Covid-19 en Afrique de l’Ouest – Ahmadou Aly MBAYE

par  Abdoul Aziz DIENG, Directeur du CGA de Dakar et Vice Président de la Fédération des CGA de l’UEMOA
cpccaf.org


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