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Recrutements à la mine d’or d’Essakane : Attention à la grosse faute !
27 janvier 2010
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Selon certaines sources, la phase d’exploitation à proprement parler de la mine d’or d’Essakane située dans la Région du Sahel pourrait commencer à la fin du premier trimestre de cette année. Essakane SA qui appartient à la compagnie minière internationale IAMGOLD est de loin la plus grande mine du Burkina mais, parait-il, aussi de l’Afrique de l’Ouest.

A sa vitesse de croisière ce ne sera pas moins de trois mille (3000) travailleurs qu’on devrait compter à l’intérieur de cette mine dont la phase de construction est pratiquement terminée. Déjà il faut se poser la question de savoir qui seront ces 3000 travailleurs attendus. D’où viendront-ils ?

Selon certaines sources, la phase d’exploitation à proprement parler de la mine d’or d’Essakane située dans la Région du Sahel pourrait commencer à la fin du premier trimestre de cette année. Essakane SA qui appartient à la compagnie minière internationale IAMGOLD est de loin la plus grande mine du Burkina mais, parait-il, aussi de l’Afrique de l’Ouest.

A sa vitesse de croisière ce ne sera pas moins de trois mille (3000) travailleurs qu’on devrait compter à l’intérieur de cette mine dont la phase de construction est pratiquement terminée. Déjà il faut se poser la question de savoir qui seront ces 3000 travailleurs attendus. D’où viendront-ils ?

Une des idées admises en matière de développement, est qu’un pays doit utiliser ses ressources naturelles pour se développer en fonction de l’opportunité qui se présente. Dans ce cas, le développement doit être non seulement appréciable dans l’immédiat, mais également il doit avoir des répercussions dans la durée pour être profitable aux générations futures. C’est dans ce sens que l’on parle aujourd’hui du concept de « développement durable ».

Profitant aujourd’hui de l’opportunité offerte par les prix favorables de l’or, le Burkina a décidé de s’engager dans l’exploitation aurifère. C’est ce qui explique l’ouverture tous azimuts de mines d’or. On devrait être à huit mines d’or en activité au Burkina à partir de cette année. C’est cette situation que nous avons appelé « boum minier ». En principe l’avènement du boum minier au Burkina devait être vécu comme une véritable bouffée d’oxygène pour l’économie de notre pays.

Les dividendes qui sont générées doivent garnir les caisses de l’Etat. Dans les localités où il y a des compagnies minières, elles devraient contribuer au développement dit « à la base » par la création d’infrastructures (écoles, centres de santé, routes...). Sur le plan de l’emploi, le boum minier doit résoudre la question du chômage des jeunes par les emplois qu’il dégage. L’ensemble de ces principes cités font partie de ce qu’on appelle « la responsabilité sociale des entreprises ».

Selon la directive minière de la CEDEAO adoptée la 27 mai 2009, cette responsabilité sociale est une obligation dans les contrats d’acquisition de titres ou de droit minier dans son espace. La directive de la CEDEAO a été conçue pour tenter de rectifier « le pillage » de nos pays et faire en sorte que la mine ne se dérobe pas au devoir de développement communautaire. En attendant que nos autorités ratifient cette directive de la CEDEAO, six mines d’or sont déjà en activité au Burkina et il est prévu l’ouverture de deux autres cette année 2010. Ce qui veut dire donc qu’aucune des sociétés minières au Burkina n’a été soumise à l’obligation de la responsabilité sociale dans son contrat. En effet c’est une disposition qui n’existe pas dans notre code minier alors que c’est ce document qui sert de référence en matière d’établissement des contrats miniers.

Si dans les faits certaines des sociétés minières présentes au Burkina ont volontairement pris l’initiative parfois de poser des semblants d’actes sociaux, la tendance générale est de profiter du boulevard offert par l’absence d’obligation en matière de responsabilité sociale. Les conséquences de cette grave insuffisance, c’est la désolation que le boum minier sème en lieu et place du développement. Peu de considérations pour les traditions des populations hôtes, qui en plus ne voient pas vraiment les retombées de la présence de la mine. Le cas de Kalsaka mining a été largement rapporté à travers la disparition du fétiche du village, le mauvais traitement de certains ouvriers, les risques de pollution du village et aussi cette incapacité à résoudre la question du chômage des jeunes de la localité.

Ce qu’il faudra dire c’est qu’au stade actuel, le Burkina ne s’est pas encore donné les moyens de pouvoir profiter pleinement des ressources en or. Il y a comme une précipitation qui ne permet pas à tout le monde de bénéficier de l’industrie minière. Le monde qui est laissé de coté dans cette aventure est considérable. Beaucoup de prestations connexes à l’activité minière échappent encore aux dispositifs locaux. Comme exemple, c’est au grand dam des assureurs burkinabè que l’assurance du personnel et du matériel des compagnies minières est confiée à des sociétés d’assurance étrangères. On reprocherait à nos assureurs de ne pas avoir assez de moyens financiers à la hauteur de ce qu’ils mettent en jeu. Et si cet argument peut paraître vrai, en réalité il ne tient pas la route dans le sens où chaque assureur souscrit à une réassurance qui le lie à un autre gros assureur.

Techniquement notre pays n’est pas encore bien outillé pour véritablement contrôler ce que font les sociétés, notamment sur les quantités de minerais qui sortent réellement. Au Ghana où on a une bonne longueur d’avance en matière d’industrie minière, des filières ont été ouvertes dans les universités pour former des cadres locaux, ce qui leur permet d’avoir une meilleure maîtrise des choses. Les systèmes de calculs relatifs à l’or sont très complexes et facilement on peut ne rien maîtriser à ce niveau.

Dans le cadre du Burkina, on peut comprendre que dès le début de cette aventure minière à outrance, notre pays ne dispose pas de cadres pour prendre les choses en main. Mais ne pas avoir une politique qui puisse permettre au fur et à mesure de récupérer la situation ou mieux la contrôler est inadmissible. Ce sont là des actions qui peuvent être rangées dans le cadre de la projection. En attendant il y a les préoccupations immédiates.

Quel recrutement à Essakane ?

Pour la mine d’or d’Essakane, la plus grande du Burkina, qui va rentrer en activité bientôt, c’est maintenant que les choses se décident pour ce qui concerne le recrutement du personnel. Son exploitation est prévue pour durer dix ans mais ce temps peut se prolonger bien au delà si le gisement est important et si le cours de l’or reste alléchant. C’est vrai que pendant toute la phase de construction de la mine d’Essakane, des avis de recrutement dûment clarifiés ont été régulièrement publiés et continuent de l’être dans les journaux.

Cela est déjà un bon pas vers la transparence dans le recrutement avec la volonté de ne pas exclure des Burkinabè. Mais ça ne saurait être seulement sur le papier car au finish, il faudra s’assurer effectivement qu’il y a eu un effort de donner du travail à des Burkinabè en prenant surtout en compte les jeunes d’Essakane et de ses environs. On le sait, beaucoup de ceux qui se présentent à la suite de ces avis de recrutement pour décrocher un emploi, ne sont pas totalement qualifiés pour ce qu’on leur demande. Il y en a qui n’ont que leur envie de travailler et peut-être une expérience dans un métier similaire.

C’est donc dire que des personnes réellement qualifiées dans le travail minier au Burkina, ça ne court pas les rues des villages comme Essakane et même du Burkina. Mais justement cela ne devrait pas être une raison pour délaisser les Burkinabè et aller chercher des ouvriers qualifiés dans d’autres pays. Cette situation prévaut déjà sur d’autres mines. A Kalsaka Mining, par exemple, la mine a choisi de faire recours aux Ghanéens pour ce qui concerne surtout les conducteurs d’engins.

Cette situation a contribué à créer ce que les jeunes du village appellent « invasion des étrangers ». Des jeunes qui sont révoltés de voir que des personnes viennent d’ailleurs pour leur ravir les places à la mine. Ce genre de situations devraient désormais être minimisées car le développement du Burkina ne peut pas se faire si on n’offre pas aux Burkinabè l’occasion de profiter des opportunités d’emploi. La volonté d’employer des travailleurs locaux doit être manifeste au point d’accepter l’effort de formation pour ceux qui ne remplissent pas totalement les critères. La grosse faute serait de les abandonner pour aller chercher des travailleurs « prêt-à-porter » ailleurs.

Samba Bila

Source : independant.bf





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