//Quelle est la différence entre gestion et management de projet ?6 min de lecture

Quelle est la différence entre gestion et management de projet ?6 min de lecture

Pour certains, aucune : le mot anglo-américain « management » se traduit en français par gestion. Pour d’autres, le sens du mot management est plus large et inclut gestion. Dans un article précédent, nous avions proposé cette distinction :

« La gestion se rapporte au traitement d’une situation à partir de données recueillies instruisant une décision alors que le management met en musique cette décision en mobilisant et conduisant ressources humaines et moyens. »

Pour l’illustrer, prenons l’exemple suivant : imaginez le projet consistant à traverser à la voile l’Atlantique nord, partant du continent européen vers le continent américain. Vous participez à une émission de jeu-téléréalité. Au moment ou vous prenez le projet en main, le voilier est au beau milieu de l’Atlantique sans savoir où précisément. On vous met au défi de terminer le projet avec succès.

La production vous héliporte les yeux bandés sur l’embarcation. L’animateur du jeu vous retire le bandeau et vous donne les consignes suivantes, avant de vous laisser faire : « vous trouverez une enveloppe contenant les éléments qui détermineront votre mission et un inventaire des moyens et des ressources disponibles. A partir de ce moment, vous êtes le seul maître à bord. Débrouillez-vous. Bonne chance ! ».

Prendre en charge la situation : faire le point et donner le cap

Le moment de stupeur passé et après avoir repris vos esprits (il est recommandé de pleurer ou de rire, le spectacle en sera d’autant plus attrayant), quelles sont les premières questions que vous vous posez ?

Un blanc… vous regardez autour de vous, vous appréciez la mer céruléenne, l’azur, le soleil éclatant, le sloop élégant avec ses grandes voiles blanches sous lesquelles vous vous retrouvez. Un rêve ou un cauchemar !

Vous prenez connaissance du contenu de la mission, possession des lieux, vous visitez les coins et les recoins, en bas, en haut, sur le pont, les cabines, le poste de pilotage. Vous faites connaissance avec l’équipage, vous vous présentez. Puis les questions qui vous taraudent :

  • « Où suis-je ?
  • Où dois-je aller ?
  • En combien de temps ?
  • Par quelle route y arriver ?
  • Quelles sont les contraintes et les risques ?
  • Avec quels moyens ?
  • Ai-je les ressources suffisantes ? »

Pour y répondre, vous allez appliquer les techniques de la navigation : faire le point, recueil et traitement des données de la situation, fixation de l’objectif, énoncé puis optimisation de scénarios de route, choix de la meilleure.

Si vous êtes équipé d’instruments, de capteurs, de logiciels de traitement cartographique, de visualisation, de situation météo des vents et courants, votre tâche sera d’autant plus allégée. Avec les technologies actuelles (GPS couplé avec ordinateur, liaisons au sol par satellite), l’opération peut être quasiment automatique.

Vous avez pu aussi détecter parmi les membres de l’équipage le loup de mer expérimenté, qui vous sera de bon conseil dans l’utilisation des instruments, dans la connaissance de la zone et de la météo, des performances du bateau et du choix de la route.

Par la transposition des questions, l’analogie avec la conduite de projet est évidente afin de trouver et choisir la trajectoire la meilleure et donner le cap :

  • Où en est le projet, à quel avancement ?
  • Quel est l’objectif du projet ?
  • Quels sont les contraintes et les risques ?
  • Quel est le livrable final ?
  • Pour quelle date ?
  • Quel est le reste-à-faire ?
  • Selon quel scénario optimisé (qualité-coût-délai) ?
  • Les ressources sont-elles suffisantes et disponibles ?
  • De quel retour d’expérience puis-je profiter ?…

«La gestion de projet, c’est la navigation du projet.»

Les tâches de gestion de projet seront d’autant plus facilitées que le système d’information de l’entreprise est opérant et les équipiers coopératifs. Avez-vous l’équivalent du GPS pour la gestion de votre projet ?

Prendre les leviers de commande, donner le top de départ et tracer la route

A ce stade vous avez bien analysé la situation, avez réfléchi sur ce qu’il faut entreprendre, fait le choix du déroulement de la suite, décidé de la route à prendre mais paradoxalement vous n’avez rien fait de concret. C’est du traitement de données avec un peu de jus de cerveau.

Il faut maintenant entrer dans l’action, transformer la route projetée en réalisation effective.

Vous convoquez l’équipage sur le roof pour lancer le projet là où vous l’avez pris en main. Après un tour de pont qui permet à tous de mieux se connaître, vous faites le briefe de la situation. Vous exposez les enjeux et les objectifs, indiquez le cheminement de votre réflexion, la logique aboutissant à votre décision, au choix de la route et du cap à prendre.

Vous demandez l’avis de chacun, vous écoutez les remarques, qui peuvent infléchir votre décision compte tenu d’éléments nouveaux. Vous vous appuyez sur le loup de mer pour crédibiliser votre démarche. Vous argumentez si nécessaire, vous vous faites convaincant, vous voulez obtenir l’adhésion de votre équipage à votre décision et vous l’obtenez. Je vous rassure, vous n’êtes pas sur le Bounty !

Puis vous distribuez les rôles et les tâches en fonction des compétences, dont vous obtenez l’acceptation. Quand tout est en place et chacun à son poste, vous prenez les leviers de commande et de pilotage, pointer l’étrave du projet dans la direction fixée et donner le top départ. Le projet est parti.

«Vous concrétisez la décision instruite par la gestion de projet, vous venez de faire du management.»

L’intérêt de la distinction : du bon équilibre entre gestion et management de projet

Une remarque récente d’un manager d’entreprise parlant des chefs de projet : « ils sont trop derrière leur ordinateur (gestion de projet), pas assez sur le terrain (management de projet) ».

L’un ne doit pas être sacrifié à l’autre. Sans management de projet, la gestion est stérile. Sans gestion, le management peut être inadapté avec des résultats aléatoires : risque de s’engager dans une impasse ou de ne pas être en mesure de redresser la barre en cas d’écart important.

Gestion et management se nourrissent mutuellement dans un rapport équilibré et un cycle, qui ressemble fort à la fameuse roue de Deming modélisant le PDCA (Plan-Do-Check-Act) bien connu de tous les managers.

Gestion et management sont parfaitement complémentaires dans le temps et dans l’action.

«Faites-vous la distinction entre gestion et management de projet ? »

Mesurez-vous la charge de travail consacrée à chacune de ces activités ? Quelle est à votre avis la répartition adéquate ?

Auteur : Patrick Pepiot, Consultant-Formateur IFG-CNOF et Ingénieur Conseil et Formation